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November 26 Emmanuel Salinger est jusque là connu en tant qu’acteur. Il a notamment été l’un des acteurs fétiches d’Arnaud Desplechin, obtenant le César du meilleur espoir pour son rôle dans La sentinelle, et a joué ensuite sous la direction de cinéastes tels que Patrice Chéreau, Eric Rohmer, Emmanuelle Cuau ou Xavier Beauvois. Bref, plutôt un type cantonné à des rôles dramatiques sérieux... C’est donc une petite surprise que de le voir débuter sa carrière de cinéaste avec une comédie… Cela dit, La grande vie - c’est son titre – est une comédie assez curieuse, qui oscille entre un ton résolument burlesque (dès le premier plan, le personnage principal voit s’écrouler tout son mobilier dans une réaction en chaîne très « cartoonesque ») et une étude de mœurs teintée d’une certaine amertume et de questionnements existentiels (le même homme voit peu à peu s’écrouler les fondements de son petit univers et de ses principes moraux). Il s’agit d’un film écartelé entre deux voies, deux options, à l’instar de son personnage central.
Grégoire Spielmann (Laurent Capelluto). L’homme est écrivain dans l’âme. Il aimerait retrouver l’inspiration, se remettre à écrire, mais il est trop usé par sa petite vie routinière : un emploi de prof de philosophie dans un lycée de province, où il tente vainement de dispenser son savoir à des élèves totalement blasés et désintéressés, une petite amie libraire qui le tanne pour qu’ils se mettent à vivre ensemble et enfin une action militante au sein d’une association locale défendant les intérêts de gens modestes menacés d’expulsion par un promoteur peu scrupuleux. Cette activité le conduit sur le plateau d’un talk show télévisé, où il a l’occasion d’affronter ledit promoteur (Bernard Lecoq). Le face-à-face tourne au fiasco. Grégoire est humilié en direct sans avoir le temps de faire valoir ses arguments. Mais, alors qu’il s’apprête, honteux, à regagner ses pénates, il assiste à l’agression, dans un parking souterrain, de Patrick (Michel Boujenah (*)), l’animateur-vedette de l’émission, et parvient à mettre en fuite les assaillants. Les deux hommes vont sympathiser. Grégoire va découvrir un monde qu’il ne connaissait pas, celui du star-système et de ses avantages, de l’argent facile, du pouvoir et de la gloire, remettant en question tous ses idéaux… Patrick va, lui, s’initier aux vertus de la philosophie et du self-control, s’interrogeant sur son rôle d’animateur de télé bouffon et superficiel…
Le film s’appuie sur cette opposition de caractères et sur les trajectoires inversées des deux hommes. Et même sur les oppositions tout court, les fractures (physiques et psychologiques), les ruptures (amoureuses et philosophiques)… Intellectuels contre culture populaire, Paris contre Province, profs idéalistes contre capitaines d’industrie véreux, hommes contre femmes, doux rêve contre amère réalité… La grande vie joue à fond la carte du contraste, tapant gentiment sur tout et son contraire. Par exemple, Salinger fustige la télé-poubelle façon TF1, et ses émissions où les invités ne sont que les faire-valoir des animateurs-vedettes, trop contents de faire des bons mots sur leur dos. Mais il raille aussi Arte, à travers la fausse bande-annonce de l’émission pseudo-philosophique « Dans le tonneau avec Diogène » de la chaîne… Arty.
On retrouve ce principe de confrontation également dans le casting, le néo-réalisateur ayant su s’entourer à la fois d’acteurs spécialisés dans le ciné art & essai et de figures plus populaires : Hélène Fillières, Jérémie Elkaïm, Philippe Duquesne, Liliane Rovère, Frédérique Bel, Louise Blachère… Plus Maurice Bénichou, assez irrésistible dans un rôle de vieil emmerdeur prodiguant des conseils avisés. Et aussi le tandem principal : Michel Boujenah, peu convaincant en animateur façon Cauet ou Ardisson et Laurent Capelluto, vu dans Un conte de Noël de Desplechin, qui ici, révèle un tempérament comique intéressant.
On retrouve enfin, et c’est bien dommage, ce contraste dans la qualité des séquences mises en scène par Salinger. Si certaines scènes sont brillantes, comme celle où Laurent Capelluto embrasse Céline Sallette devant une caméra qui diffuse les images sur écran géant avec un léger décalage, pur moment de poésie, ou celle où Grégoire tente, en vain, de convaincre une élève de l’intérêt de la philo et prend en même temps conscience de la vacuité de son existence, d’autres sont totalement horripilantes. Les deux séquences sur le plateau télé, entre autres, sont interminables et mal filmées…
En fait, La grande vie est un film schizophrène constamment balancé entre deux attitudes opposées. Un film fou au sens noble du terme quand il se laisse gagner par une fantaisie poético-burlesque, mais aussi un film malade qui avance de manière trop chaotique. Car à vouloir traiter tous les sujets à la fois, Emmanuel Salinger rend une copie trop incomplète pour obtenir plus que la moyenne. Pour un ancien prof de philo, il n’y a pas de quoi pavoiser…
Note :   
(*) : pour mes lecteurs qui découvrent les films uniquement en DVD, attention à ne pas confondre le film d’Emmanuel Salinger avec La grande vie ! de Philippe Dajoux également avec Michel Boujenah…
November 22 “C’est pas moi… C’est Murphy !” Ben oui, c’est pas de sa faute à Elias (Pio Marmaï), s’il se retrouve plongé au plus mauvais moment, malgré lui, dans une affaire de vol de bijoux et de règlements de compte entre gangsters. Juste celle de la loi de Murphy, une variante de la loi de l'emmerdement maximum qui veut qu'une tartine tombe toujours du côté de la confiture. Cet ancien taulard, bien décidé à refaire sa vie, s’est recyclé comme brancardier dans un hôpital parisien et n’attend plus que la fin de sa liberté conditionnelle pour démarrer cette nouvelle vie « dans l’honnête », comme dirait Audiard. Seulement voilà, à quelques heures de l’échéance, il voit débarquer dans son hôpital Rudy (Dominique Pinon), son ancien codétenu. Celui-ci a dérobé des diamants à une famille de malfrats gitans, les frères Ortega (Karim Belkhadra, Bruno Ricci, Omar Sy) qui les avaient eux-mêmes volé à un diamantaire belge. Pour une raison ou une autre, tout ce petit monde se retrouve à l’hôpital, avec pour but de récupérer les diamants et de flinguer les concurrents, les traîtres et les témoins gênants… Et évidemment, quand l’inspecteur Verlun (Jean-Michel Noirey, en sosie de l’inspecteur Charolles de Gotlib) débarque à son tour, c’est Elias qui se retrouve suspecté d’être mêlé à l’affaire. Il va l’être malgré lui, et chacun de ses mouvements l’enfonce encore davantage dans une merde noire… Avec l’aide d’un collègue amateur de voitures de sport, d’une hôtesse d’accueil fan de Chuck Norris et d’une infirmière kleptomane ( !), il va tenter de se sortir de cette mélasse et sauver sa peau, son boulot, son copain…
Premier long-métrage de Christophe Campos, La loi de Murphy n’a rien à voir avec le film éponyme de Jack Lee Thompson avec Charles Bronson en justicier violent. Il s’agit d’une comédie échevelée dans l’esprit des polars parodiques de Guy Ritchie ou de Quentin Tarantino, où le cinéaste filme une drôle de course-poursuite entre truands et policiers au sein d’un hôpital. Belle idée, le milieu hospitalier ayant servi de décor idéal pour quelques films d’actions spectaculaire (A toute épreuve de John Woo) ou de belles comédies (Young doctors in love de Gary Marshall ou l’injustement méconnu court-métrage de Lionel Epp, Une belle nuit de fête). De fait, il faut bien reconnaître qu’ici encore, cet endroit où les allées et venues sont incessantes est un décor de premier choix. Il permet à Campos de télescoper ses personnages et de livrer quelques gags souvent très amusants. L’humour fait assez souvent mouche, le principe de crescendo comique est plus ou moins respecté et le cinéaste se permet quelques jolies idées de mise en scène, comme ce découpage en cases de bandes-dessinées qui ponctue l’histoire.

Pourtant, l’ensemble manque un peu de rythme et de folie. On a l’impression que le cinéaste n’a pas su aller au bout de sa démarche burlesque, ni se dépêtrer de son nombre conséquents de personnages, dont certains sont finalement assez mal exploités. On pense par exemple à Jonathan Lambert en médecin imbu de lui-même et à côté de la plaque, à Fred Testot dont les apparitions dans divers petits rôles ne servent pas à grand-chose, ou à Antonio Fargas, le Huggy les bons tuyaux de la série « Starsky & Hutch », réduit à un simple caméo… Dommage ! Il y avait pourtant de quoi faire avec cette galerie d’humoristes connus et ce casting de trognes… Finalement, la bonne surprise vient surtout des rôles féminins. Fanny Valette montre une nouvelle facette de son talent en incarnant cette infirmière distraite et kleptomane absolument craquante, et Manon Le Moal, assez irrésistible en hôtesse d’accueil autoritaire, maîtrisant comme pas deux les mawashi-geri…
La loi de Murphy est donc une petite comédie sympathique, qui se laisse voir avec plaisir mais demeure malheureusement assez anecdotique. Cinéaste et acteurs étaient sans doute pleins de bonnes intentions, mais ils ne parviennent pas à nous entraîner comme on le voudrait dans leur sarabande comique. C’est souvent le cas des premiers films, surtout quand il s’agit de comédies… Tant pis… Ce sera peut-être pour la prochaine fois…
Note :  

Je ne sais pas ce que la planète Terre et l’humanité ont fait à Roland Emmerich, mais il doit avoir un sacré problème avec elles, vu qu’il passe son temps à les imaginer complètement ravagée par les pires catastrophes. Après Independance day et Le jour d’après, voici 2012, son nouveau blockbuster. Encore une histoire où notre planète est menacée de destruction imminente (1) …
L’argument ? Une antique prophétie maya qui annonce la fin du monde pour le 21 décembre 2012 (2) La Terre a peut-être survécu aux apocalypses annoncées de l’an mil, 1066, 1099, 1199, ou 1666, à la fin du monde selon Nostradamus puis selon Paco Rabanne (brrr, la station Mir qui se crashe sur Paris), au bug de l’an 2000 et ses conséquences dramatiques, à l’impact de la comète de Haley, à l’astéroïde d’Armageddon, au virus Ebola, à la grippe aviaire et la grippe A (enfin, presque…), à Godzilla, King Kong et même au concert de Mireille Mathieu, Enrico Macias et Gilbert Montagné du 6 mai 2007, mais cette fois, c’est du sérieux. C’est les mayas qui l’ont dit et ils étaient quand même moins cons que les incas… La preuve : un scientifique indien découvre dès le début du film que les vents solaires produisent de plus en plus de neutrinos et que ceux-ci agissent comme des micro-ondes sur le magma au cœur de la planète. Le dîner est servi et la Terre casse la croûte… Au menu, séismes, tsunamis, éruptions volcaniques… Prétextes à 2h40 d’effets spéciaux spectaculaires Et comme Emmerich a disposé d’un budget conséquent de 205 M$ et d’une équipe rompue aux effets visuels et multi-oscarisée, ce grand show pyrotechnique et apocalyptique nous en met plein la vue et file presque autant les chocottes que le Home de Yann Arthus-Bertrand.
Le problème, et la vraie catastrophe de l’histoire, c’est que le réalisateur a aussi décidé de suivre le destin de plusieurs personnages stéréotypés et de rajouter une morale à son histoire. Bien cucul, la morale, comme dans tout bon blockbuster qui se respecte… D’un côté, on a un scientifique (Chiwetel Ejiofor) qui découvre l’égoïsme des personnages les plus riches et puissants, prêts à sauver leur peau, mais pas celle de leurs semblables. Une constatation qui épargne évidemment le président des Etats-Unis (Danny Glover, en pseudo Obama), modèle de vertu, phare de l’humanité. Et aussi, bizarrement, le premier ministre italien (Berlusconi qui resterait solidaire de son peuple alors qu’il pourrait se sauver, vous y croyez, vous ?). De l’autre, on a un romancier (John Cusack), qui apprend par hasard que des catastrophes se préparent et que les gouvernants préparent en secret des arches pouvant sauver un nombre limité de personnes. Jusque là mauvais mari et mauvais père, il redécouvre la force des liens familiaux et tente d’emmener en lieu sûr ses enfants, son ex-femme (Amanda Peet) et le nouveau compagnon de celle-ci (Thomas McCarthy)…
Et là, ça se gâte sérieusement, car comme on s’adresse à un public familial, hors de question qu’il arrive quoi que ce soit aux « héros ». Alors de manière fort peu crédible, le petit groupe réussit à surmonter toutes les épreuves qui se présentent à eux. Ils survivent à un tremblement de terre dévastateur qui fait s’écrouler toute la Californie, réussissent à faire voler un avion jusqu’à Washington, non sans avoir fait un arrêt à Yellowstone transformé en gigantesque volcan, puis arrivent à tomber miraculeusement sur la base où se trouvent les vaisseaux censés sauver ce qui reste de l’humanité… Rien que ça ! Ah, ça vous reforge une famille, ça ! Alors, on a droit à plein de scènes bien guimauve sur les liens familiaux, la responsabilité, le sens du sacrifice des parents pour leurs enfants, et blablabla… Mais rassurez-vous, il y a aussi la dose adéquate de pathos pour tirer les larmes des spectateurs : séparations douloureuses, morts tragiques, rédemptions salvatrices… Bref, tous les ingrédients d’un mauvais mélo à l’américaine, dégoulinant de morale bien pensante et de patriotisme imbécile. La petite chanson de Roland comporte bon nombre de fausses notes…
Cela dit, soyons francs : si on met de côté toutes ces grosses ficelles finalement assez prévisibles, le spectacle est assez entraînant pour nous permettre de tenir les 2h40 de projection sans ennui. Ce qui n’est déjà pas si mal. 2012 n’est certes pas un chef d’œuvre du cinéma, mais il remplit pleinement les fonctions que ses producteurs attendaient de lui, à savoir un divertissement familial spectaculaire, drôle par moments, dramatiques à d’autres… Quant à savoir si l’apocalypse annoncée aura bien lieu, il faudra attendre le 21 décembre 2012 pour le vérifier (3). En attendant, profitez de la vie et allez voir de bons films au ciné, des meilleurs que ce blockbuster trop formaté…
Note :   
(1) : Le bonhomme avait aussi décliné une histoire similaire en 1984, dans Le principe de l’arche de Noé, qui prédisait la fin du monde pour… 1994 ! (2) : pour en savoir plus, suivre le lien suivant : prédictions pour le 21/12/2012 (3) : pour autant, pas de panique, des thèses infirment toutes ces théories apocalyptique, comme l’article suivant (en anglais) : The Greatest Hoax Of The 21st Century: 2012 Armageddon
Début 2008, on découvrait Juno, une sympathique comédie indépendante qui décrivait avec humour et justesse les déboires d’une adolescente tombée enceinte par accident. La réussite du film tenait autant à l’interprétation brillante d’Ellen Page dans le rôle-titre qu’au talent d’écriture de la scénariste Diablo Cody. Pour Jennifer’s body, son second scénario pour grand écran, la jeune femme a choisi de changer radicalement de style en écrivant un récit horrifique. On y voit une belle lycéenne, Jennifer, se trouver un beau jour possédée par un démon. Succube féroce dissimulée dans un corps de rêve, elle séduit et dévore les jeunes mâles de son quartier au vu et au su de sa meilleure amie, Needy, qui va tout faire pour stopper ce bain de sang… Rien à voir avec les gentilles interrogations métaphysiques de Juno…
Pour autant, Jennifer’s body est une œuvre qui possède plusieurs niveaux de lecture et qui développe, en filigrane, les thèmes déclinés dans le film de Jason Reitman : le passage de l’adolescence à l’âge adulte, la recherche de sa propre identité… Ainsi, on peut voir dans la métamorphose de la lycéenne en monstre une allégorie de la transformation de la nymphette en femme. Un changement qui, ici, est associé aux premières expériences sexuelles et aux premières manifestations du désir chez la jeune fille. Lorsque Jennifer recrache le sang de ses victimes, on peut voir cela comme une métaphore, au choix, des premières règles ou de la perte de la virginité. Et le feu qui ravage le bar la nuit où elle se retrouve transformée en succube peut symboliser désir ardent que lui inspire le sexe opposé. Le film est truffé d’éléments qui évoquent cette étape délicate, parfois traumatisante, dans la vie d’une femme.
On peut aussi aborder le film sous l’angle de la confusion sexuelle, qui, parfois, peut frapper les adolescents. La relation fusionnelle qui unit Jennifer et Needy semble plus forte qu’une simple amitié et laisse à penser qu’il y a une forme de désir saphique entre les deux filles. L’ambiguïté est savamment entretenue par Diablo Cody tout au long de son scénario, ménageant même une jolie scène de baiser lesbien entre les deux personnages. Là encore, c’est l’irruption des garçons dans la vie bien rangée des deux adolescentes qui sème le trouble et qui scelle la fin de l’amitié - ou de l’amour- entre Jennifer et Needy. En fait, fondamentalement, le film dépeint la confusion qui gagne les jeunes filles à un moment charnière de leur existence, les obligeant à reconsidérer leurs priorités, à faire du tri dans leurs sentiments.
A partir de là, l’œuvre aurait pu s’ouvrir à d’autres possibilités d’interprétation. On aurait pu considérer, par exemple, que toute cette histoire de démon n’est que le fruit de l’imagination d’une Needy particulièrement perturbée, traumatisée par sa première expérience sexuelle avec un garçon – un fiasco où la jeune femme est perturbée par des flashs sanglants – et par la séparation de plus en plus manifeste avec Jennifer. Et que le seul démon de l’histoire n’était que celui de la jalousie qui ronge l’un ou l’autre des deux personnages principaux, les faisant basculer dans la folie?
Hélas, ni Diablo Cody, ni la cinéaste Karyn Kusama n’exploitent cette option scénaristique qui aurait donné une autre dimension au film. Certes, on n’attendait pas un nouveau Mulholland drive, mais on pouvait espérer un peu mieux que le développement au premier degré d’un script plutôt riche en symboles et perspectives d’analyse. Ce qui commençait comme une belle métaphore du malaise adolescent, des transformations du corps liés à la puberté et de l’acquisition de la maturité redevient au fil des minutes une simple série B horrifique sans relief et le film finit par décevoir un peu sur tous les tableaux. Pas assez terrifiant pour un film d’horreur – passé la première apparition de Jennifer en succube, on ne sursaute plus vraiment – pas assez drôle dans ses partitions humoristiques, pas assez émouvant quant au destin de ses personnages, et pas assez émoustillant dans ses scènes « chaudes »…
Dommage car le film bénéficie d’une interprétation intéressante, le duo Megan Fox/Amanda Seyfried fonctionnant bien. La première montre qu’elle n’est pas qu’une actrice sexy – et elle l’est terriblement – elle réussit à être convaincante tant en bombe sexuelle qu’en adolescente perturbée et en créature inquiétante. La seconde laisse entrevoir les failles qui s’ouvrent en son personnage et entretient intelligemment un certain flou autour de son personnage et des liens qui l’unissent à Jennifer. Seul bémol, elle est trop mignonne pour être totalement crédible en copine laide et godiche…
Jennifer’s body est donc loin d’être le nanar tant fustigé dans la presse spécialisée, mais il n’est pas à la hauteur de ce que son script pouvait laisser espérer. Au final, il s’agit juste d’un banal film d’horreur, vite oublié, qui s’élève au-dessus de la moyenne grâce à quelques trouvailles de mise en scène – le montage parallèle entre le dépucelage de Needy et un meurtre de Jennifer – et au jeu de ses actrices – sans oublier leur plastique à faire damner un saint. Bref, on a bien le corps, on aurait aimé un peu plus de tête…
Note :    

Ben voilà, dans un futur proche, nous n’aurons plus besoin de nous lever pour aller travailler. On restera sagement vautrés dans nos fauteuils et on contrôlera à distance, par la seule force de notre pensée (pour certains ce sera dur…), des types portant un nez rouge et des chaussures taille 72 : les clowns… Ah ! On me dit dans mon oreillette qu’en fait il s’agit de clones. Pas au sens génétique du terme, plutôt au sens robotique… En fait, il s’agit d’androïdes perfectionnés ressemblant très fortement à des humains, et répondant aux ordres que leurs propriétaires envoient grâce à des émetteurs reliés directement à leurs neurones. Des avatars si vous préférez, des masques sociaux qui permettent à n’importe quel individu de choisir son apparence publique, soit un double parfait, possédant le même physique, mais sans les défauts liés au vieillissement ou aux épreuves de la vie, soit un look totalement différent.
Avec ce procédé révolutionnaire, pas besoin du CV anonyme, c’est le candidat lui-même qui est anonyme. Plus de discrimination sexuelle ou raciale puisqu’un clone n’est pas obligatoirement le reflet exact de son propriétaire ! Seule la classe sociale est encore visible puisque les clones récents, les plus ressemblants, sont aussi les plus onéreux… Autre conséquence de cette technologie qui permet aux gens de ne plus sortir de chez eux, la délinquance est en très forte baisse et le nombre de meurtres est désormais quasi-nul… Une société idéale? Presque, car il y a quelques hics… Premier problème : des opposants à ce règne des machines, inquiets de la déshumanisation de la société, se sont organisés et mènent une fronde contre les industriels et l’ordre établi. Des zones sans clones ont été instaurées et ses habitants veillent à ce qu’aucune intrusion ne vienne troubler leur quiétude. Second problème, et de taille : une nouvelle arme a été mise au point pour détruire plus rapidement les clones, mais elle a aussi pour effet de tuer également la personne qui le contrôle, en grillant à distance son cerveau… Lorsque les premiers cadavres sont retrouvés, il devient évident que l’arme est dans la nature, entre les mains d’un individu instable qui cherche à semer la destruction et la mort au sein de la population. Pour l’agent Greer, ou plutôt son clone, c’est le début d’une longue course contre la montre pour éviter un massacre programmé. Une investigation périlleuse qui va l’amener à réfléchir sur l’utilisation de ces substituts d’humains et changer son regard sur ses semblables…
Clones, de Jonathan Mostow, est l’adaptation cinématographique d’un comic book de Robert Venditti et Brett Weldele (*). Cette bande-dessinée développait des thèmes intéressants et des réflexions passionnantes sur le progrès, ses avantages, ses conséquences, et ménageait surtout un climat de paranoïa propice à la mise en place d’un suspense vertigineux. Dans cette histoire bien menée, on ne sait en effet jamais qui est qui, puisque les enveloppe de chair et de métal peuvent dissimuler aussi bien un allié qu’un ennemi, et que l’enquête révèle peu à peu des enjeux de plus en plus important, impliquant à des degrés différents notables, industriels, militaires et rebelles anti-clones… Il y avait donc là matière à un thriller d’anticipation brillant et intelligent, dans la lignée du Blade runner de Ridley Scott.
Hélas, les ambitions du film de Jonathan Mostow ne semblent pas aussi élevées. L’idée est juste d’offrir à un Bruce Willis assez ridiculement moumouté un nouveau rôle de flic pugnace et de donner au spectateur de base son lot de scènes d’action spectaculaires pendant qu’il se bâfre de popcorn. Résultat, toutes les belles idées du récit de Robert Venditti se retrouvent diluées dans une oeuvre totalement calibrée selon les critères hollywoodiens en vigueur. Ce n’est pas mauvais, mais il manque à l’œuvre l’inspiration, la folie et la noirceur qui lui auraient donné une tout autre dimension.
Autre problème, le casting, pas toujours très convaincant. Bruce Willis s’en tire assez honorablement, malgré cette horrible perruque qu’on lui a vissé sur le crâne – pas aussi moche que celle de Nicolas Cage dans Next, mais presque… Il parvient notamment à jouer différemment le personnage et son clone, chose que ses partenaires n’arrivent presque jamais à faire. Radha Mitchell, la collègue flic de Greer, a toujours l’air trop humaine quelque soient les situations. James Cromwell, à l’inverse, semble trop monolithique pour un être humain. Quand à Ving Rhames, lui aussi victime de l’étrange malédiction capillaire qui s’est abattue sur le film – une barbe et une choucroute de dreadlocks qui le font ressembler à un Bob Marley obèse et illuminé – il est trop ridicule pour être crédible en dangereux prophète…
Heureusement, le cinéaste n’est pas un de ces tâcherons qui empilent les mauvais action-movies à la pelle. Il maîtrise plutôt bien les codes cinématographiques et grâce à sa mise en scène efficace, on suit sans déplaisir cette intrigue de science-fiction formatée pour le plus grand nombre. Raison de plus pour regretter que le film n’aille pas plus loin. Mostow avait là une belle occasion de décliner brillamment la thématique principale de son oeuvre : le rapport entre l’homme et les machines. Un sujet qu’il avait abordé dans U-571, où, pendant la seconde guerre mondiale, un groupe de soldats américains se trouvait piégé dans un sous-marin allemand, avec pour obligation de trouver comment manœuvrer l’engin dont toutes les commandes se trouvaient écrites dans la langue de Goethe, et dans Terminator 3 : le soulèvement des machines.
Thriller de SF paresseux mais divertissant, Clones pourra peut-être vous contenter, mais ne vaut probablement pas la fatigue d’un déplacement au cinéma. Un jour, vous pourrez peut-être y envoyer votre clone, mais en attendant, il y a sûrement mieux à voir sur les écrans…
Note :    
(*) : « Clones – the surrogates » de Robert Venditti & Brett Weldele – coll. Contrebande – éd. Delcourt

Une mine qui explose au coeur du désert marocain et, des années plus tard, une balle perdue qui vient se loger dans son cerveau... Bazil n'a pas beaucoup de chance avec les armes. La première l'a rendu orphelin, la deuxième peut le faire mourir subitement à tout instant. A sa sortie de l'hôpital, Bazil se retrouve à la rue. Par chance, ce doux rêveur, à l'inspiration débordante, est recueilli par une bande de truculents chiffonniers aux aspirations et aux talents aussi divers qu'inattendus, vivant dans une véritable caverne d'Ali-Baba : Remington, Calculette, Fracasse, Placard, la Môme Caoutchouc, Petit Pierre et Tambouille. Un jour, en passant devant deux bâtiments imposants, Bazil reconnaît le sigle des deux fabricants d'armes qui ont causé ses malheurs. Aidé par sa bande d'hurluberlus, il décide de se venger…
Dans Micmacs à tire-larigot, Jean-Pierre Jeunet part en guerre contre les « marchands de mort », fabricants et trafiquants qui s’enrichissent en vendant des fusils, des grenades, des obus et autres gadgets meurtriers. Il le fait avec ses armes à lui : l’humour et la poésie. On ne sera donc pas étonné de le voir opposer aux canons réels un improbable homme-canon (Dominique Pinon, toujours aussi à son avantage devant les caméras de son cinéaste fétiche), de substituer aux rafales de balles des rafales de mots – ceux, loufoques, de Remington (Omar Sy)… Chez Jeunet et sa galerie de trognes attachantes, le métal ne finit pas en éclat de mine antipersonnel, ne se barre pas en douilles, mais est élégamment recyclé en bouquet de fleurs inoxydables ou en automates amusants, comme ceux que fabrique le génial Petit Pierre (Michel Crémadès).
Certains des détracteurs de Jean-Pierre Jeunet ne manqueront pas de fustiger le côté naïf de cette opposition entre les petites gens, marginaux et sans grade, contre les affreux businessmen, plus préoccupés par leur chiffre d’affaires que par les conséquences de l’utilisation des armes qu’ils vendent. Ils n’auront pas tort : l’histoire tombe souvent dans le piège d’un manichéisme assez niais. Il manque la noirceur que Marc Caro, l’ex complice du cinéaste, savait apporter à leurs œuvres communes (Delicatessen, La Cité des enfants perdus). C’était déjà le cas dans les deux œuvres précédentes de Jeunet, Le fabuleux destin d’Amélie Poulain et Un long dimanche de fiançailles, mais cette lacune était compensée par des trouvailles visuelles de génie et un découpage totalement maîtrisé. C’est moins le cas ici.
L’esthétisme du film n’est pas en cause. Si l’excellent Bruno Delbonnel a été remplacé par Tetsuo Nagata au poste de directeur de la photo, on reconnaît malgré tout entre mille les particularités visuelles de l’univers du cinéaste, tout en images veloutées, teintes sépia au charme désuet et lieux étranges truffés d’objets hétéroclites. C’est juste que l’effet de surprise ne joue plus vraiment et que le cinéaste peine à se renouveler. Oh, il ne manque pas grand-chose, seulement une petite pointe d’inspiration supplémentaire, un zeste de folie pour dynamiser l’ensemble. On ne retrouve pas suffisamment ce montage virtuose et entraînant qui sublimait les œuvres précédemment citées.
Mais le vrai problème est ailleurs. Ce qui fait vraiment défaut à Micmacs à tire-larigot, c’est l’intérêt que l’on peut porter aux personnages et aux enjeux de leur quête. Le film démarre trop vite. En deux scènes courtes, reliées avec un certain panache, Jeunet scelle le sort du père de Bazil et de Bazil lui-même. Belle ellipse, qui constitue une belle prouesse narrative, mais qui, hélas, nous empêche de nous identifier au personnage et de partager son envie de vengeance… Logiquement, on aurait dû compatir aux malheurs de Bazil, qui se retrouve avec un projectile logé dans le crâne menaçant de le tuer à n’importe quel moment, perd son emploi, son logement, se retrouve obliger de mendier et de ruser pour survivre. Il n’en est rien, sans doute parce que cette pluie de mésaventures qui s’abat sur lui est présentée de façon totalement lisse, très rapidement, sans le minimum requis de pathos… Evidemment, on peut considérer qu’il n’y a pas besoin de faire de grands discours pour dire que les trafics d’armes sont humainement et moralement scandaleux, et donc pour faire adhérer le spectateur au combat de Bazil. Soit, mais à ce moment là, quel intérêt de faire un film qui enfonce des portes ouvertes ?
On ne s’attache donc pas vraiment au personnage principal - campé par un Dany Boon pas spécialement transcendant, ce qui n’aide rien…- et les deux « méchants » de l’histoire – joués par André Dussollier et Nicolas Marié- ne sont pas rendus assez antipathiques pour que l’on prenne un plaisir jouissif à les voir persécutés par notre commando de branquignols. Mais pire, on ne s’attache pas trop non plus aux personnages secondaires qui composent ledit commando. Hormis le personnage de la môme Caoutchouc, la contorsionniste loufoque jouée par Julie Ferrier, convaincante, et Remington, l’agaçant défenseur des expressions à l’emporte-pièce, trop mis en avant, les autres ne sont pas assez étoffés. On aurait aimé en savoir plus sur le douloureux passé de Tambouille (Yolande Moreau, excellente dans ces rôles de matrone gueularde au grand cœur), sur les raisons qui poussent Petit Pierre à faire ses drôles d’automates, sur la petite Calculette (Marie-Julie Baup) et son toc particulier ou sur le vieux Placard (Jean-Pierre Marielle, sous-exploité)… Ils ne sont ici que des silhouettes participant à l’ambiance, pas des moteurs effectifs de l’action. Evidemment, Jeunet ne pouvait pas prendre le temps d’approfondir chaque personnage au risque de plomber le rythme du film, il est vrai plutôt enlevé. Mais le cinéaste a suffisamment de talent pour réussir des courts portraits qui en disent autant que les longs. Il l’a déjà prouvé par le passé dans ses longs et dans ses courts-métrages. Là, le spectateur se trouvera un peu frustré… Une quinzaine de minutes supplémentaires n’auraient pas forcément été du luxe pour soigner un peu plus ces protagonistes et rendre le récit plus enthousiasmant…
Cela dit, ne boudons pas notre plaisir. Si Micmacs à tire-larigot n’est pas, loin s’en faut, le meilleur film de Jeunet, il reste cependant supérieur à bon nombre de navets dont la comédie française semble hélas s’être fait une spécialité… Le film possède même un certain cachet et il est toujours réjouissant de voir David terrasser Goliath, surtout quand le Goliath en question personnifie les dérives de nos sociétés ultralibérales, où les plus riches, de par leurs relations haut-placées et leur pouvoir économiques se sentent au-dessus des lois…
Note :    
November 17 Une petite fille en manteau rouge et bottines rouges qui se retrouve seule sur le chemin de sa maison. Et un loup tapi dans l’ombre, qui attend de la dévorer…
La trilogie Red riding débute comme le célèbre conte du Petit Chaperon Rouge (1). Sauf qu’ici, la violence et la tension sexuelle du récit ne sont pas atténuées par l’atmosphère fantastique, irréelle, des contes de fées, mais incluses dans un univers très réaliste, effrayant. Nous ne sommes pas dans une forêt moyenâgeuse, mais en 1974, à Morley, au cœur du Yorkshire, au nord de l’Angleterre. Une région frappée de plein fouet par la crise économique des années 1970, entre campagne pluvieuse et usines grises, maisons en brique rouge et camps sordides,… Le loup a l’apparence d’un être humain tout à fait ordinaire. Une apparence honorable qui abrite une âme complètement pourrie, alimentant sa perversion en torturant, violant et tuant des enfants innocents… La petite fille, enfin, se nomme Clare Kemplay et pour elle, le conte finit mal puisque son cadavre atrocement mutilé est retrouvé dans un chantier non loin de là. Le meurtre de Clare et la disparition non-résolue de deux autres fillettes, sert de fil rouge-sang à un récit noir, très noir, où se mêlent pédophilie, assassinats, trahisons, corruption policière et magouilles politico-financières… L’univers âpre et désespéré du romancier britannique David Peace. Red riding est l’adaptation d’une série de romans connue sous les noms de « Red Riding Quartet » et de « quatuor du Yorkshire » (2), pour bien marquer la ressemblance avec le « Quatuor de Los Angeles » de James Ellroy (3).
Le romancier américain est en effet l’une des influences avouées de David Peace, et les deux séries de romans se ressemblent très fortement. La narration des deux œuvres s’étale sur une période de dix ans et est confiée à des personnages différents d’un roman à l’autre. Elle s’inspire de faits réels (d’un côté l’affaire du Dahlia noir (4) et quelques séries de crimes monstrueux de l’histoire de L.A. De l’autre, les crimes de l’éventreur du Yorkshire (5)…) et s’inscrit dans un contexte socio-politique très foisonnant (la guerre froide, le McCarthysme ou les émeutes raciales chez Ellroy, la crise économique et l’avènement du thatchérisme chez Peace). On y trouve des éléments communs - corruption des forces de l’ordre et collusions avec le pouvoir, projets immobiliers démesurés et véreux, faux coupables et enquêtes manipulées…- et les mêmes antihéros, flics, avocats, journalistes, naïfs ou désabusés, plongés malgré eux dans un véritable enfer… Enfin, les deux romanciers ont en commun le même style littéraire, très brut, très dense. Donc difficile à adapter à l’écran. On l’a constaté avec l’univers de James Ellroy, qui n’a pas toujours été correctement restitué au cinéma, avec des adaptations avortées (« Le grand nulle part », « White Jazz », « Clandestin » (6)), médiocres (Brown’s requiem, Cop, Dark Blue (7)) ou à moitié réussies (Le dahlia noir de Brian De Palma, déséquilibré par l’amputation d’une bonne heure de métrage qui aurait mérité être réintégrée sur l’édition DVD (8)). Seul Curtis Hanson, dans L.A. Confidential, a su rester fidèle à l’esprit des romans de l’écrivain américain, mais au prix de coupes drastiques et de petites trahisons narratives qui ont rendu impossible l’inscription du film dans la logique d’une tétralogie. On pouvait donc raisonnablement craindre le pire pour l’adaptation de l’œuvre de David Peace, tout aussi foisonnante et tortueuse.
Et pourtant, cette trilogie noire s’avère une très heureuse surprise pour tout amateur de polar bien noir. Certes, certains personnages ont été quelque peu remaniés, d’autres ont fusionné les uns avec les autres, et le récit a subi quelques coupes pour pouvoir tenir dans ce format de 3 x 100 mn. Le second volume de la tétralogie, « 1977 » a même été purement et simplement supprimé, ou du moins très fortement condensé au sein de Red Riding : 1980. Mais l’essentiel de l’intrigue a été conservé, ainsi que les différents enjeux. Et le côté sombre, désespéré de l’histoire n’a pas vraiment été édulcoré. La prouesse est d’autant plus étonnante que la réalisation de la trilogie a été confiée à trois metteurs en scène différents, qui ont chacun travaillé de leur côté, indépendamment les uns des autres, sauf pour choisir la partie du casting commune aux trois films. De la même façon, l’aspect visuel et musical de chacun des épisodes a été confié à un chef opérateur et un musicien différents. Du coup, chaque film possède son propre style, sa propre identité. Et malgré cela, la narration est d’une fluidité et d’une cohérence rares entre chacun des volets.
Réalisé par Julian Jarrold, Red Riding : 1974 pose les bases de l’intrigue. Un jeune journaliste ambitieux, Edward Dunford, joué par Andrew Garfield, la révélation de Boy A, enquête sur la disparition de Clare Kemplay et fait le lien avec celles, les années précédentes, de Jeannette Garland et de Susan Ridyard. Au cours de son investigation, il va devoir faire face à la concurrence du reporter vedette de la rédaction, Jack Whitehead (Eddie Marsan, le moniteur coléreux de Be happy), composer avec les sentiments qu’il se découvre pour Paula Garland, la mère d’une des disparues (Rebecca Hall, la Vicky de Vicky Cristina Barcelona) et se heurter à l’hostilité des forces de l’ordre et des notables de la région, inquiets de voir le journaliste se pencher malgré lui sur leurs plus sombres secrets… La construction est celle d’un film noir classique. Son jeune héros inexpérimenté, mais opiniâtre, va nourrir une véritable obsession autour de la disparition des trois fillettes, d’abord par pure vanité, pour dégotter un bon scoop et en tirer les lauriers, puis, imperceptiblement, pour des raisons plus nobles, pour découvrir la vérité et rendre justice aux petites victimes du tueur sadique. Au fur et à mesure de ce changement de mentalité, il va s’enfoncer de plus en plus profondément dans un cauchemar fait de violence, de sexualité déviante, de corruption et d’intimidation, et va être amené à perdre totalement ce qui lui restait d’innocence.
Pour filmer ce voyage dans les ténèbres, Jarrold et son chef-opérateur Rob Hardy ont opté pour l’utilisation d’une pellicule super 16, qui confère un aspect sale et granuleux aux images, et multiplient les gros plans fiévreux sur le visage d’Andrew Garfield, de plus en plus marqué au fil du récit. Le montage impose un rythme rapide – normal, l’action est sensée être concentrée sur dix jours – mais s’autorise aussi des moments plus posés, nécessaires pour que le spectateur adhère à la quête du protagoniste principal et pour imprimer ce climat de deuil et de douleur qui imprègne l’œuvre de David Peace.
Le second opus se déroule six ans plus tard. Les tories et Margaret Thatcher ont pris le pouvoir et dirigent le pays d’une main de fer, mais rien ne semble avoir changé dans le Yorkshire. Les assassinats d’enfants ont cessé, mais un nouveau psychopathe fait régner la terreur dans la région, l’éventreur du Yorkshire, soupçonné d’avoir tué une dizaine de femmes, la plupart prostituées. Les investigations piétinent et le ministère charge le directeur adjoint de la police de Manchester, Peter Hunter (Paddy Considine), de tout reprendre à zéro, aidé dans sa tâche par le détective Helen Marshall (Maxine Peake) et quelques-uns des inspecteurs de la police de Leeds, dont certaines vieilles connaissances du premier épisode. Hunter le bien-nommé va découvrir des failles dans l’enquête de ses collègues et va s’interroger peu à peu sur un des meurtres, qu’il soupçonne avoir été attribué à tort à l’éventreur… Evidemment, comme les investigations de Dunford en 1974, les recherches d’Hunter ne sont pas vues d’un très bon oeil de certains responsables de la police locale, qui ne sont pas étrangers à certains actes crapuleux, voire criminels, et qui tiennent à garder leurs petits secrets intacts.
Signé par James Marsh, Red Riding : 1980 est le plus « classique » des trois volets. Tout comme l’était le style littéraire adopté par Peace dans son roman. L’intrigue, linéaire, suit le rythme des investigations de Hunter et ne gagne en noirceur et en fébrilité que très progressivement. Le temps que le détective idéaliste comprenne que non seulement ses collègues de Leeds ne font pas correctement leur travail, mais que, pire, ils oeuvrent à l’escamotage d’éléments cruciaux et manipulent les témoins à des fins peu avouables. Les meurtres de l’éventreur sont laissés à l’arrière-plan et ce deuxième épisode est en apparence moins sordide que le précédent. Ce n’est donc pas la longue descente aux enfers de Dunford dans le premier opus. Pourtant il s’agit bien du même mécanisme destructeur, implacable. Hunter n’aura pas d’autre choix que de s’aventurer à l’intérieur du système, jusqu’à son cœur. Ou plutôt jusqu’à son estomac, puisque la salle où va se dénouer l’histoire, avec l’arrestation de l’éventreur, est appelée « le ventre » par les policiers…
Pour illustrer cette construction plus classique, Marsh et son directeur photo Igor Martinovic ont logiquement choisi la pellicule 35mm, le format cinématographique usuel. L’image est plus nette, plus lumineuse, même si l’ambiance reste résolument crépusculaire. On est dans un univers moins âpre que dans Red Riding : 1974. La lumière est feutrée, on navigue discrètement dans les arcanes du pouvoir policier et les secrets soigneusement enfouis. Pour autant, le rythme est particulièrement nerveux, grâce à un montage efficace qui ne nous laisse pas un instant de répit jusqu’au dénouement, véritable coup de poing dans… le ventre, justement… Un petit mot sur les acteurs de cette seconde partie. Paddy Considine est plutôt convaincant dans le rôle de Hunter, personnage sérieux et plutôt « positif » auquel il prête ses traits fatigués et son flegme so british. Idéal pour camper ce flic intègre, mais assez fade. Pas un héros, mais pas un antihéros non plus. Juste un type ordinaire… Il se fait cependant voler la vedette par Sean Harris, excellent en flic pourri jusqu’à la moelle, vicieux et narquois à souhait, parfait exemple de ce que le système a engendré…
 Red Riding : 1983 clôt la trilogie en revenant aux sources. On signale la disparition d’une petite fille à Morley, là où avait été enlevée et assassinée la petite Clare Kemplay neuf ans auparavant. Certaines personnes s’interrogent sur cet enlèvement. Et si le type arrêté à l’époque n’était pas le véritable meurtrier ? Et si le coupable courrait toujours ? Deux personnages vont être amenés à reprendre l’enquête. D’un côté, un avocat du nom de John Piggott (Mark Addy, méconnaissable, loin des rôles comiques dans lesquels il était jusque là cantonné), chargé de réhabiliter l’homme arrêté en 1974 et de défendre celui qui est accusé de ce nouvel enlèvement. De l’autre, Maurice Jobson, dit « La chouette » (David Morissey, toujours aussi brillant), membre du groupe de flics pourris qui règne sur les trois films, mais qui possède encore assez d’humanité et de conscience professionnelle pour tenter de stopper le sadique à l’œuvre depuis plus d’une décennie. Chacun de leur côté, les deux hommes parviendront aux mêmes conclusions et découvriront la vérité. Une quête qui ne sera pas sans sacrifices et remises en questions, et à laquelle se mêlera un troisième personnage, vu dans les deux autres épisodes, BJ (Robert Sheehan, prostitué gay et indic occasionnel, qui sait plus de choses qu’il ne le dit…
« 1983 », le bouquin, était une œuvre étrange, une expérience littéraire. David Peace avait choisi de chapitrer son roman en racontant alternativement le cheminement des trois personnages, trois points de vue différents sur les événements, et usant d’un style encore plus télégraphique pour jeter sur papier les pensées et souvenirs des personnages. Impossible à restituer tel quel à l’écran. Alors Anand Tucker et le chef opérateur David Higgs ont choisi de s’écarter des épisodes précédents en offrant à leur film une ambiance plus lumineuse, diurne. C’est l’épisode où les différentes énigmes en cours trouvent leur résolution, où on quitte peu à peu la noirceur absolue pour évoluer vers l’apaisement et la rédemption. Pour ce faire, ils ont utilisé une caméra HD nouvelle génération qui confère au film une image possédant la netteté de la vidéo numérique et le côté velouté de la pellicule 35mm, créant une atmosphère à la fois réaliste et onirique, et conférant à l’œuvre une dimension plus mystique, plus allégorique. Le final, notamment, baigne dans une esthétique très particulière, retrouvant le côté fantasmagorique du conte dont cette trilogie est vaguement inspirée… Mais, c’est aussi le film le plus cru des trois. La violence et la sexualité y sont montrées de façon plus explicite, avec notamment une ou deux séquences aptes à choquer les âmes les plus sensibles. Paradoxal ? Non, puisque d’une part, le film traite frontalement des crimes pédophiles de 1974 et 1983, et dévoile donc toute leur horreur. Et que d’autre part, le traitement graphique a évolué en fonction de l’époque décrite. Ici, nous sommes au début des années 1980. La violence se banalise au cinéma, est moins censurée. Et elle se banalise aussi hors des écrans. Le gouvernement Thatcher le prouvera bien assez tôt en réprimant de façon brutale les grèves de mineurs de 1984 (9)… Ayant la lourde tâche de boucler un récit d’une densité assez ahurissante, Red Riding : 1983 est probablement le plus « faible » des trois films, mais il n’en demeure pas moins une indéniable réussite formelle et narrative, dernier mouvement d’un requiem poignant et douloureux dédié aux victimes d’un lieu et d’une époque.
On attendait depuis longtemps un polar de cette trempe au cinéma. Finalement, c’est la télévision anglaise qui nous l’offre. En effet, cette trilogie a été réalisée pour Channel 4 et a été diffusée uniquement à la télévision dans son pays d’origine. Dommage, car au vu du soin apporté à la partie visuelle de chacun de ces films, et leur approche très cinématographique, les œuvres sont clairement conçues pour être projetées sur grand écran… Certains pays, comme la France, ont choisi de rendre justice au travail des trois cinéastes et de leurs équipes en offrant à la trilogie l’opportunité d’une sortie en salles. Enfin, presque, puisque seuls deux cinémas ont choisi de diffuser ce diamant noir : le Reflet Médicis, à Paris, et l’ABC, à Toulouse. C’est peu, mais c’est mieux que rien…
Si vous aimez le film noir, les intrigues tortueuses et les ambiances désespérées, et que vous avez la possibilité de voir cette trilogie Red Riding, foncez ! Tous les ingrédients sont réunis pour vous faire frissonner de plaisir : des acteurs épatants, une mise en scène discrète, mais terriblement efficace, un travail visuel impressionnant, une ambiance musicale réussie et, bien sûr, une intrigue haletante, signée par un des meilleurs romanciers anglais actuels et habilement scénarisée par Tony Grisoni. Sinon, découvrez les bouquins, encore plus denses et plus terrifiants… Mais attention, la vision de ces films et/ou la lecture de ces romans est une expérience dont on sort passablement éprouvé et bouleversé…
Note globale pour la trilogie :     
(1) : Le conte du Petit Chaperon Rouge est issu du folklore populaire et a été transmis de génération en génération par oral, avant que Charles Perrault, puis les frères Grimm ne couchent sur papier les versions que l’on connaît aujourd’hui. (2) : « 1974 », « 1977 », « 1980 », « 1983 » de David Peace – coll. Rivages/Noir – éd. Payot & Rivages (3) : « Le Dahlia noir », « Le grand nulle part », « L.A.Confidential », « White Jazz » de James Ellroy – coll. Rivages/Noir – éd. Payot & Rivages (4) : Le Dahlia noir est le surnom que l’on a donné à Elizabeth Ann Short, jeune femme retrouvée assassinée le 15 janvier 1947 dans un terrain vague de Los Angeles, le corps atrocement mutilé. Le crime demeure non-élucidé. (5) : Sous ce pseudonyme, Peter Sutcliffe assassina 13 femmes entre 1975 et 1980. Il est l’un des tueurs en série anglais les plus prolifiques du XXème siècle. (6) : William Hurt rêvait de jouer le rôle principal dans « Le grand nulle part », mais le projet a capoté, comme celui de « Clandestin », un temps évoqué. « White jazz » semble toujours d’actualité, mais Ellroy a récemment déclaré que pour lui, « tous les projets d’adaptation de ses bouquins sont morts ». (7) : Respectivement réalisés par James B.Harris, Jason Freeland et Ron Shelton (8) : Du fait de ces coupes, la fin est difficilement compréhensible pour qui n’a pas lu le bouquin (9) : David Peace en a tiré un autre roman : « GB 1974 » - coll. Rivages/Noir – éd. Payot & Rivages
November 11 Les amateurs de mauvais jeux de mots et de bons films d’horreur en avaient rêvé – à moins que ce ne soit plutôt l’inverse… - Kevin Greutert l’a fait. Voici donc le sixième volet de la série Saw, franchise horrifique prolifique qui déverse chaque année des flots de sang et des kilos de tripes dans vos salles obscures. Aussi obscures que l’intrigue, qui, d’épisode en épisode, devient de plus en plus compliquée, du vrai jus de boudin…
Un petit rappel s’impose : Saw, c’est l’histoire de John Kramer, un homme atteint d’un cancer incurable, qui décide de profiter du peu de temps qui lui reste à vivre pour se venger de tous ceux qui ont gâché sa vie et celle de ses proches. Sa méthode est peu banale. Affublé d’une tête de… porc ( !), il surgit derrière ses victimes et profite de l’effet de surprise pour leur administrer un puissant sédatif. Puis il les emmène dans son repère, un gigantesque hangar désaffecté qu’il a transformé en labyrinthe mortel, afin de les faire participer à des jeux particulièrement retors et sadiques dont l’enjeu n’est ni plus ni moins que leur propre survie. Car il laisse à ses victimes une faible chance de s’en sortir. Jigsaw, le tueur au puzzle, tel que l’ont surnommé les média, n’est pas qu’un criminel gratuitement sadique mais un moraliste qui veut mettre ses proies face à leurs défauts, leurs fautes, leurs comportements inacceptables et leur faire comprendre le prix de la vie. Ce sont souvent des êtres égoïstes et insensibles, dédaigneux du sort de leurs semblables, ou des faibles, drogués, alcooliques, n’ayant pas conscience de détruire leur vie ou celle de ceux qui les entourent. Bref, pas des gens bons… Il teste leur volonté de survivre en les enfermant dans des pièges ingénieux dont ils ne peuvent sortir vivants qu’au prix d’une automutilation ou de souffrances insoutenables.
Un tel schéma aurait pu être décliné sans fin par les scénaristes si ne s’étaient présentés deux écueils majeurs - deux os, si vous préférez…- Déjà, la nécessité de trouver des nouvelles idées de « twists », ces rebondissements finaux – et finauds – qui faisaient le sel des deux premiers volets. Ensuite, le fait que le personnage principal, en phase terminale de son cancer inopérable, est mort tôt dans la saga, à la fin du troisième opus… Pour résoudre cette équation et continuer d’engranger les dollars au box-office, les producteurs et les auteurs ont choisi de complexifier l’intrigue à outrance, offrant à Jigsaw des disciples chargés de poursuivre son œuvre après sa mort et se cassant la tête pour raccorder les nouveaux éléments à tout ce qui a été montré dans les films précédents, à coups de longs flashbacks et de façon plus ou moins crédible. Dans Saw 2, on avait la surprise de découvrir qu’Amanda, la seule victime sortie vivante des jeux du tueur au puzzle, était en fait devenue sa complice. Dans Saw 3, la jeune femme se retrouvait testée par son mentor agonisant, qui lui reprochait de mettre en place des « jeux » dont les participants n’avaient aucune chance de sortir vivants. En refusant de laisser partir la chirurgienne qui a opéré le cerveau du cancéreux, elle échouait et occasionnait sa propre mort, celle du docteur et de sa famille, plus celle de John Kramer lui-même… Un final tordu pour un scénario tarabiscoté. A partir de Saw 4, on pédale carrément dans la choucroute… Jigsaw et Amanda sont morts mais les meurtres continuent. Malgré le montage haché menu, on comprend que le tueur avait un autre disciple, l’inspecteur de police Hoffman. Saw 5 est un peu moins confus – c’était nécessaire pour rattraper les aberrations de l’épisode précédent - et prend le temps d’expliquer comment le flic est devenu le complice de Jigsaw, et comment il entend parachever sa vengeance. Dans Saw 6, Hoffman et l’ex-compagne de Kramer obéissent aux dernières volontés du défunt en mettant en place un ultime jeu mortel. Principale cible, un agent d’assurance peu compréhensif et compatissant, dont la fonction professionnelle est de refuser les remboursements aux clients les plus gravement atteints, au mépris des conséquences, dramatiques. Et c’est parti pour une nouvelle série d’épreuves où cette andouille va comprendre dans la douleur le prix d’une vie et la responsabilité liée à des choix cruciaux… Voilà pour le résumé…
A ce point de la critique, je sais bien que vous vous attendez à ce que sorte le couteau aiguisé par ma plume assassine, et que je découpe en rondelles ce nanar annoncé de longue date. Et pourtant, il faut bien avouer que ce Saw 6 est loin de sentir le pâté. Le niveau est un bon cran au-dessus des trois épisodes précédents, notamment des deux signés par le tâcheron Darren Bouseman. Evidemment, on est quand même loin du chef d’œuvre, car le film est mal joué (Costas Mandylor est toujours aussi inexpressif), assez laid, avec son esthétique sombre-bleutée-vaporeuse, et mal monté (et pour cause, c’est le monteur des épisodes précédents qui est aux commandes de cette sixième partie…) Mais au moins, le rythme est plus posé. On arrive à suivre l’histoire sans se payer une migraine carabinée à la sortie de la salle et, au vu des derniers opus de la série, c’est déjà une nette amélioration.
Autre point positif, si le film commence comme il se doit par une véritable boucherie, au sens propre comme au figuré, il met ensuite un frein au sadisme gratuit et au gore outrancier qui plombaient les volets précédents. Il y a certes pas mal de perversion dans les situations exposées et les scènes horrifiques sont à déconseiller aux âmes sensibles– on est quand même dans un « torture flick »- mais l’hémoglobine ne vient pas noyer la pellicule. Ouf ! Les morceaux de Saw 6 sont secs… En fait, le scénario, s’affranchissant des sempiternels rebondissements finaux, se recentre sur l’essentiel et sur le côté moralisateur cruel de l’histoire. Et en ces temps de crise économique et sociale, il faut bien admettre que voir ces cochons de banquiers, financiers et agents d’assurance se faire trucider est un exutoire assez amusant… C’est déjà ça…
Parce que pour le reste, on commence vraiment à se lasser des petits jeux inventés par Jigsaw, et de ces innombrables flashbacks qui recyclent les extraits des films précédents pour mieux nous éclairer sur les motivations d’un tueur qui semble avoir plus de cinquante coups d’avance sur ses victimes, ses sales amis (danois ?), les gendarmes (d’Alsace ?) et les pauvres spectateurs idiots (de Savoie ?) que nous sommes. On se fiche pas mal de savoir comment bidule a trahi truc, qui connaît machin qui a connu chose qui a connu le fils du cousin du voisin du chien de John Kramer… Il serait grand temps de passer à autre chose et/ou de conclure une bonne fois pour toute la saga. Et aussi temps d’arrêter les jeux de mots jusqu’à la sortie, l’an prochain, d’un(e) Saw 7 qu’on espère à la bonne pointure...
Moins mauvais qu’on aurait pu le craindre, Saw 6 est tout juste en-dessous de la moyenne, plombé par l’architecture narrative de toute la série, à l’exception du premier volet, le seul vraiment réussi. A défaut d’être un bon film d’horreur, ce thriller à la fois pervers et pépère est à peu près regardable, et facilement oubliable… Pas de quoi partir à l’as-saw des salles de ciné. (promis, c’était le dernier jeu de mot débile de cette critique…)
Note :  
Restituer des sentiments inexprimés, des pensées intimes, saisir le tourbillon d’émotions contradictoires qui peuvent traverser un individu à un instant donné, capter les plus subtils soubresauts de l’âme humaine sont toujours des tâches complexes pour un auteur. En littérature, il peut prendre le temps de décrire ce que ressentent les personnages, en s’appuyant sur la richesse des mots et en usant, si besoin, de modes grammaticaux différents. Au cinéma, c’est plus ardu. Le rythme narratif est imposé au spectateur et il faut faire passer le « message » en un minimum de temps. Le moyen le plus simple est de se rapprocher de la démarche littéraire, en utilisant également des mots, par l’intermédiaire d’une voix-off qui souligne l’action ou exprime directement les pensées des personnages. Le procédé s’avère cependant assez lourd à l’écran et, mal employé, peut vite rendre un film insupportable. L’autre solution consiste à capter les émotions directement sur les visages des acteurs, mais cela suppose évidemment de s’appuyer sur des interprètes suffisamment expressif et talentueux. Enfin, il est possible de traduire les sentiments par le biais du seul langage cinématographique - les cadrages, les mouvements de caméra, l’emploi de la musique, le montage et la puissance symbolique des images – mais cela exige une réelle maîtrise de la mise en scène, chose hélas assez peu fréquente.
Autant dire qu’en adaptant le roman d’Eric Holder, Mademoiselle Chambon (1), Stéphane Brizé s’est lancé dans une entreprise périlleuse. Cette histoire toute « simple » du coup de foudre entre un homme marié, heureux en ménage, et l’institutrice de son fils, une femme seule en mal d’amour, ne repose en effet que sur des sentiments, sur les bouleversements intérieurs des personnages, sur des regards et des non-dits. Il n’y a quasiment pas d’action à proprement parler, juste des moments d’intimité où les sentiments sont étouffés, peinent à se libérer. Un matériau à priori fort peu cinématographique… Mais le cinéaste a déjà prouvé par le passé qu’il savait raconter ce genre d’histoire, faite de petites blessures intimes, de frustrations, de résignation. Il a signé Le bleu des villes, jolie histoire d’une femme réalisant soudain qu’elle n’a pas su concrétiser ses rêves et décide d’y remédier, puis Je ne suis pas là pour être aimé, rencontre d’un quinquagénaire taciturne et d’une femme plus jeune qui va bouleverser sa petite vie rangée. Ou encore Entre adultes, une succession de petites saynètes très justes sur l’amour et la sexualité. Autant de films très fins, à la fois aériens et profonds, qui forçaient l’empathie du spectateur avec les protagonistes et faisaient vibrer sa corde sensible.
Puisqu’on parle de corde et que, comme dans les deux premières œuvres citées, la musique a une fonction importante dans Mademoiselle Chambon, servant de catalyseur aux sentiments des personnages, je n’hésiterais pas à comparer Stéphane Brizé à un maître violoniste sachant parfaitement jouer la musique du cœur et de l’âme humaine. Tous les plans sont d’une précision d’orfèvre, savamment minutés, étirés jusqu’à obtenir l’effet voulu sans pour autant provoquer l’ennui. Chaque élément du film participe à une construction cohérente, une partition jouant sur les dissonances et les harmonies, pour bien montrer l’enjeu de la relation qui se noue entre les deux êtres.
A priori, ils n’étaient pas faits pour se rencontrer. Lui, Jean, est un travailleur manuel – un maçon - peu instruit et peu cultivé. Elle, Véronique, est une intellectuelle. Elle forme les esprits de ses jeunes élèves, mais n’est pas spécialement douée pour le bricolage et les tâches physiques. Il vient d’un milieu humble, elle semble venir d’une famille plus bourgeoise. Deux mondes complètement différents... Et pourtant – ou parce que – ils vont être irrésistiblement attirés l’un vers l’autre, emportés par le tourbillon de la passion amoureuse. Sans doute parce que chacun voit en l’autre ce qui manque à sa propre existence. Jean envie la liberté de la jeune femme, qui est envoyée dans une ville différente à chaque rentrée scolaire, admire sa culture, son aisance à manier les mots ou à tirer des sons harmonieux de son violon. Il aime sa grâce diaphane, sa légèreté. De son côté, Véronique rêve de la stabilité que représente ce père de famille sans histoires, à la vie bien rangée, elle fantasme sur ses mains rugueuses, sa force brute. Elle envie le lien simple, plein de tendresse, que l’homme entretient avec son père, un vieillard déclinant lentement, alors qu’elle ne communique plus avec ses parents que par téléphone, pour fuir leur attitude condescendante à son égard. Elle en a assez d’être en permanence comparée à cette sœur érigée en modèle, son métier valorisant et bien payé, son mari et ses enfants. Chacun nourrit un sentiment de frustration, renferme un vide qu’il cherche à combler et voit en l’autre la possibilité d’y parvenir. Mais rien n’est aussi simple, car si Mademoiselle Chambon est libre et n’a rien à perdre dans cette liaison, Jean doit aussi tenir compte de deux éléments non-négligeables : son fils et sa femme, enceinte de leur deuxième enfant. S’il les abandonnait pour vivre pleinement, égoïstement sa passion pour Véronique, serait-ce un acte de courage ou de lâcheté ? Doit-il obéir au cœur ou à la raison ? L’institutrice n’a pas à effectuer ce choix douloureux, mais elle se pose quand même, elle aussi, des questions éthiques : A-t-elle le droit de briser un couple en apparence heureux et de bouleverser la vie d’un de ses élèves ? Ne vaudrait-il pas mieux fuir loin de ce cas de conscience et essayer de se reconstruire ailleurs ?
Grâce à de petites notes subtiles, habilement glissées par le cinéaste, on devine les tourments des personnages, leurs bouillonnements intérieurs, sans jamais s’écarter du tempo lancinant, douloureux, imprimé au récit, proche d’un adagio ou d’une valse triste (2). Mais que serait le virtuose sans un instrument adéquat ? En s’entourant de Vincent Lindon et Sandrine Kiberlain, Stéphane Brizé s’est offert en quelque sorte les Stradivarius des acteurs français. Tous deux possèdent ce talent rare de pouvoir faire passer l’émotion en un seul regard, une simple modification de l’expression du visage et excellent forcément dans ce genre de personnages en proie à des vertiges intérieurs. Mais il y a mieux : le fait qu’ils aient déjà eu l’occasion de tourner ensemble et surtout d’avoir formé un vrai couple à la ville, avant une rupture chaotique, douloureuse, induit à la fois une relation complice et un sentiment de gêne manifeste qui servent magnifiquement le propos du film. A l’écran, ce mélange d’affection et d’embarras semble traduire la fébrilité des deux personnages, l’attirance profonde de ces deux êtres l’un envers l’autre, mais aussi les réserves qu’il peuvent avoir face à une situation passablement complexe, et la menace d’une souffrance sentimentale, d’une frustration amoureuse.
Cela occasionne des scènes magnifiques, comme celle où Véronique et Jean écoutent un morceau de violon, assis côte-à-côte sur le lit de la jeune femme. Ils ne se parlent pas, mais leurs regards se cherchent, se fuient, à la fois pleins d’espoir et de confusion, jusqu’à ce que l’homme fasse le premier pas en lui prenant la main tendrement, et qu’ils ne cèdent pour la première fois à leur désir mutuel le temps d’un baiser. Ou cette scène sur le quai de la gare, à mon sens la plus belle séquence d’émotion « ferroviaire » du cinéma français depuis les adieux du couple Geneviève/Guy dans Les parapluies de Cherbourg, une référence… Ou encore le plan final, somptueux, qui exprime le sentiment du personnage de Vincent Lindon simplement par le choix du cadrage - à travers une fenêtre, qui rappelle les circonstances du rapprochement de Jean et Véronique et qui symbolise aussi, classiquement, un enfermement – par le choix du mouvement de caméra, un lent travelling arrière, et celui de la chanson « Septembre » de Barbara, ritournelle mélancolique sur la fin d’un couple. Autant de séquences d’une pudeur et d’une délicatesse rares dans un paysage cinématographique régi par l’action démonstrative, le montage survolté et le mouvement permanent…
Et puisque tout est absolument remarquable dans ce très beau film, il faut aussi saluer les prestations des seconds rôles, tous très bien. On savait qu’Aure Atika valait mieux que les rôles de bimbos décérébrées de ses débuts, mais on l’avait rarement vu aussi subtile, dans le registre de la résignation et de la souffrance silencieuse. Et Jean-Marc Thibaut se montre très émouvant dans le rôle du père de Vincent Lindon, vieillard confronté à l’imminence de sa mort, et désemparé au moment de préparer ses propres obsèques.
Evidemment, le rythme du film et les partis-pris radicaux du réalisateur ne plairont pas à tout le monde. Mais Mademoiselle Chambon est indéniablement une œuvre cinématographique de très haute tenue, sublimée par la performance magistrale du duo Kiberlain/Lindon et l’élégance de la mise en scène de Stéphane Brizé, qui confirme qu’il est l’un des cinéastes hexagonaux les plus talentueux. Vous aurez compris que je vous conseille chaudement d’aller découvrir cette œuvre sur grand écran, dans les salles qui auront eu le bon goût et l’intelligence de la programmer. Une des plus agréables surprises de cette fin d’année cinématographique…
Note :      
(1) : « Mademoiselle Chambon » d’Eric Holder – éd. J’ai lu (2) : comme le morceau utilisé pour le film : « Valse triste en C mineur » de Franz von Vecsey (1913)
November 01 En tout juste deux réalisations – 40 ans, toujours puceau et En cloque, mode d’emploi – plus quelques productions remarquées, Judd Apatow a réussi la gageure de devenir le chouchou d’une partie de la presse cinématographique « intello » avec des comédies à l’humour potache assumé. Peut-être parce que dans ses films, les personnages, loin de n’être que des bouffons immatures, sont des êtres humains plus complexes et touchant qu’ils ne paraissent, et que le rire dissimule leurs fêlures, leurs angoisses existentielles– la sexualité, la paternité, l’engagement amoureux, etc… - finalement assez universelles.
Dans Funny people, il va encore plus loin dans la gravité en confrontant un des personnages principaux à la maladie et à l’angoisse de la mort. George Simmons, un comique à succès, apprend qu’il est atteint d’une forme méconnue de leucémie et que ses chances de guérison sont quasi-nulles, ne reposant que sur un protocole expérimental n’ayant jusque-là pas été concluant. Il prend soudain conscience qu’en dépit de tous ses avoirs, sa fortune, son pouvoir, il est comme tout le monde, démuni face à la maladie. Et surtout que, malgré sa célébrité et ses nombreux fans, il est dans une solitude totale. Il n’a pas eu d’enfants, sa femme l’a plaqué, excédée de ses trop nombreuses infidélités, et se tient désormais soigneusement à distance. Pire, son cynisme et son égocentrisme forcené l’ont empêché de nouer des liens solides et durables avec les gens qui l’entourent. Résultat, il n’a aucun ami véritable à qui se confier pour calmer sa peur de la mort… Il revient alors aux sources, sur la scène d’un petit théâtre où de jeunes comédiens de « stand-up » tentent de lancer leurs carrières. Une façon pour lui d’exorciser ses angoisses par l’humour, d’utiliser le public comme confident. Il tombe sur Ira, un jeune comique maladroit, pas très à l’aise sur scène et encore moins avec les filles. Mais sa franchise et son impertinence sont pour George un salutaire bain de jouvence. Il décide de le prendre sous son aile, de l’aider à percer dans le métier. En contrepartie, Ira doit partager le secret de sa maladie et l’aider à traverser ce qui sont probablement les derniers mois de sa vie…
Les thèmes abordés par Apatow sont passionnants : le désarroi de l’homme face à sa propre fin, le besoin de transmettre quelque chose, de laisser une trace de son passage sur terre, la façon dont l’humour permet de supporter l’insupportable… On se dit alors que Funny People part sur des bases intéressantes, d’autant qu’il permet à Adam Sandler de rappeler qu’il peut être un excellent acteur pour peu qu’on lui confie autre chose à jouer que des comédies débiles (souvenez-vous de Punch drunk love, par exemple) et qu’il offre à Seth Rogen un personnage touchant de candeur et de maladresse, assez nuancé. On se prend même à espérer que l’œuvre sera bien, comme le promet ce texte des Inrockuptibles repris sur l’affiche, « une comédie qui impressionne par son amplitude et sa force dramatique, entre Woody Allen et Blake Edwards ».
Mais au final, rien de tout cela… On ne retrouve ni l’ironie cruelle de l’un, ni la sophistication et le sens du burlesque de l’autre. Apatow saborde son film à mi-parcours, délaissant complètement ses thèmes initiaux pour revenir au sujet bien moins profond ou original des relations hommes-femmes et des crises conjugales. Les personnages, qui avaient jusque-là finement évolué, redeviennent des neuneus pathétiques entraînés dans une intrigue vaudevillesque assez plate, au dénouement prévisible. Et comme le film est inhabituellement long pour une comédie (2h20), le rythme s’essouffle peu à peu, ce qui, dans ce genre de film, s’avère particulièrement handicapant…
Quelle drôle d’idée d’avoir ainsi fait bifurquer le scénario en cours de route ! Ce procédé se voulait peut-être audacieux, mais il s’avère surtout peu inspiré. Il y avait là matière à deux scénarii distincts, qui auraient pu donner deux films tout à fait corrects. Mais combinés l’un à l’autre, en terminant de surcroît sur le moins intense, le résultat n’est pas brillant. Après avoir généré une certaine attente chez le spectateur, le film déçoit sur tous les plans. La partie dramatique est finalement peu émouvante, plombée par ce curieux revirement scénaristique. La partie comique, elle, s’avère insuffisamment drôle, surtout pour un public européen peu familiarisé avec la « stand-up comedy », spectacles typiquement américains où un comédien seul sur scène s’adresse directement au public pour lui débiter des blagues inspirées du quotidien et souvent ciblées en-dessous de la ceinture. Il faut également avoir la culture nécessaire pour apprécier les références disséminées dans le film et les caméos de certaines personnalités – Sarah Silverman et son imitation du vagin de Britney Spears, le pétage de plombs d’Eminem qui est le seul à ne pas aimer Ray Romano, de la série « Tout le monde aime Raymond »,…
Restent les performances des acteurs, tout à fait correctes. Outre les deux acteurs principaux, le film bénéficie du charme de Leslie Mann et d’Aubrey Plaza et offre à Eric Bana et Jason Schwartzman de jolis rôles, le premier en bellâtre australien fan de footy, le second en acteur de sitcom ringard mais prétentieux.
Reste également l’indéniable sincérité de Judd Apatow. Il a beaucoup puisé dans sa propre expérience pour élaborer ce film, se projetant notamment dans le personnage d’Ira, le jeune comédien peu sûr de lui et trop centré sur ses défauts. Il faut savoir qu’Apatow a tout d’abord tenté une carrière de comique de stand-up avant de renoncer et de se mettre à travailler pour d’autres comédiens (Ben Stiller et Larry Sanders, entre autres, en ont ainsi bénéficié). Lui aussi a connu des années de galère avant de voir son talent reconnu. Il a d’ailleurs partagé une colocation avec… Adam Sandler. D’ailleurs, la séquence d’ouverture, où Sandler fait un canular téléphonique est une archive de cette époque-là).
Funny people n’est donc pas mauvais, loin de là, mais on sent qu’il y avait matière à quelque chose de plus drôle et/ou de plus consistant et on en ressent une légitime frustration. De fait, le film est un échec public aux Etats-Unis, et semble aussi ne pas vraiment rencontrer son public en France. Espérons juste que cela n’empêchera pas le cinéaste d’achever sa mue artistique. Car il est évident que Funny people se voulait une œuvre qui se transition dans la carrière d’Apatow. Elle met en scène des personnages plus adultes, est porteuse de thématiques plus matures, plus « art & essai », mais reste encore ancrée dans l’humour potache un brin puéril, plus grand public. A suivre, donc…
Note :    
October 31 Il vous fait rire, votre cochon d’Inde ou votre hamster qui s’active à faire du surplace dans sa roue ? Vous avez tort ! C’est peut-être un agent du FBI en train de se muscler les pattes, se préparant pour une mission top secret hautement périlleuse. Prenez les héros de Mission-G, par exemple. A première vue, de sympathique boules de fourrure juste bonnes à attendrir les mômes et à souiller le papier journal. En réalité, des machines de combat surentraînées, l’élite des agents spéciaux, les spécialistes des missions impossibles. Darwin l’un des deux cochons d’Inde mâles est le chef, normal c’est le plus euh… évolué. L’autre mâle, Blaster, fait des cabrioles à faire pâlir de jalousie le scientologue le plus célèbre de la planète. La femelle, Juarez, a le tempérament bouillant d’une bombe latino (normal, vu qu’on lui a collé la voix de la piquante Penelope Cruz). A ce trio s’ajoute Speckles la taupe, une créature fluette et quasi aveugle, mais aussi un génie de l’informatique, capable de pirater n’importe quel ordinateur et de télécharger plein de trucs illégalement sans se faire pincer par la loi Hadopi. Plus Mooch, une mouche experte en filature et une armée de cafards dressés pour poser des appareils de surveillance…
Leur mission ? Comment ça, trouver le point G ? Non mais ça va pas, non ? M’enfin, c’est un film cochon (d’Inde) d’accord, mais c’est pour les gosses quand même ! Le « G » de Mission-G, c’est pour « Guinea pig », « Cochon d’Inde» en français… Bon, on reprend… Leur mission ? Déjouer les plans machiavéliques d’un industriel qui veut anéantir le monde avec… des cafetières électriques ! Bigre ! Alors comme ça, George Clooney ne serait qu’un mercenaire à la solde d’un groupe de criminels, usant de son charme surnaturel pour obliger toutes les ménagères de moins de cinquante ans à acheter des machines à expresso qui un jour, se transformeront en robots exterminateurs… Jacques Vabre, Luigi Lavazza et même El gringo sont de dangereux psychopathes mégalomanes… Et si ça se trouve, même la grand-mère, qui sait faire un bon café, est en fait une impitoyable méchante… Heureusement que nos rongeurs veillent à notre sécurité !
Mission-G permet de rendre enfin l’hommage qu’ils méritent à nos amis hamsters et cochons d’Inde, trop souvent ignorés dans les films d’action. C’est vrai, quoi, on connaissait les chats espions (L’espion aux pattes de velours), les cabots agents spéciaux (Comme chiens et chats) et même les pigeons de combat (Vaillant), mais on a jamais montré des rongeurs vengeurs, hormis peut-être Rhino le hamster, relégué à un second rôle dans Volt, héros malgré lui. Le cinéaste Hoyt Yeatman et son équipe leur rendent enfin justice !

Bon, d’un point de vue purement artistique, le film n’a rien de vraiment transcendant. Mais bon, on n’attend pas d’un film avec des cobayes qui parlent la profondeur d’un Bergman ou d’un Antonioni… Mission-G est juste d’un divertissement familial classique, bien exécuté, avec des animaux virtuels attachants, plus vrais que nature et des effets spéciaux corrects.
Cette parodie de films d’action et d’espionnage s’avère assez agréable à regarder, puis facile à oublier. En revanche, vous ne regarderez plus votre hamster de la même façon…
Note :   
October 29
Cinéman n’est pas franchement un super-héros, plutôt un type ordinaire qui se retrouve, par la grâce d’un artifice scénaristique plutôt tiré par les cheveux, doté d’un bien curieux pouvoir. Régis Deloux, prof de mathématiques aigri et coincé, va en effet avoir la possibilité de réaliser un fantasme de cinéphile en pouvant passer de l’autre côté de l’écran, en rentrant dans le film. Ainsi, il peut se glisser dans la peau de quelques figures marquantes du septième art, d’Harold Lloyd à Robin des Bois, de Tarzan à Barry Lyndon, et tenter de sauver une demoiselle en détresse kidnappée dans Sissi impératrice et traînée depuis de film en film par un méchant tyrannique et cruel… Une idée de départ plutôt sympathique pour un résultat … des plus décevants.
En sortant de la projection de Cinéman, personne ne pourra contester que le réalisateur du film, Yann Moix, est un garçon bourré d’idées originales doublé d’un cinéphile patenté, connaissant ses classiques sur les bouts des doigts. Mais il sera aussi évident qu’il n’est absolument pas un grand directeur d’acteurs, contrairement aux grands noms du cinéma qu’il invoque. Dans Podium, il avait fait illusion car les acteurs qu’il avait engagés, Benoît Poelvoorde, Jean-Paul Rouve et Julie Depardieu, sont aussi à l’aise dans le cabotinage comique que dans le registre de l’émotion. Ici, Yann Moix a commis l’erreur de confier le rôle principal à Franck Dubosc (1), qui n’est pas un acteur mais un bouffon au registre plus que limité. De tous les plans du film, ou presque, en roue libre, Dubosc fait du Dubosc. Il joue exactement de la même façon que dans Camping, Disco et Incognito (où il était toutefois un peu mieux canalisé), avec cette emphase comique horripilante, ce détestable côté « m’as-tu-vu » et cette outrance théâtrale. Soyons francs, il arrive à une ou deux reprises à nous extirper un sourire, grâce aux répliques que Moix lui a écrites. Et même à nous bluffer quand il se glisse dans la peau de certains personnages, car, à l’aide du travail exceptionnel des costumiers et maquilleurs, le mimétisme avec le Eastwood du Bon, la brute et le truand ou l’Errol Flynn des Aventures de Robin des Bois est assez stupéfiant. Mais la plupart du temps, il plombe le film par son jeu outrancier et grotesque, insupportable.
On ne peut même pas se raccrocher aux autres personnages: l’héroïne est cantonnée à une fonction de potiche et, dans le rôle, la regrettée Lucy Gordon ne se montre pas vraiment à son avantage. Quant au « méchant », incarné par un autre clown pathétique, Pierre-François Martin-Laval, il réussit la prouesse d’être tout aussi agaçant, voire plus mauvais que Dubosc. C’est dire… Seul Pierre Richard, dans son propre rôle, apporte une touche d’élégance lunaire à l’ensemble, mais on se demande bien ce qu’il vient faire dans cette galère, son personnage n’ayant aucune fonction concrète dans le film sinon de meubler les trous d’un scénario d’une vacuité confondante.
L’idée de faire voyager un homme de film en film, au cœur de l’histoire du cinéma, était bonne et aurait probablement pu se suffire à elle-même. Quand le cinéaste fait se télescoper les références cinématographiques au cœur d’une même scène, c’est très réussi. (par exemple la séquence newyorkaise où Dubosc, parodiant De Niro dans Taxi driver - « you talkin’ to me ? » - se voit confronté aux punks d’Orange Mécanique). Il aurait fallu jouer plus cette carte-là, allant crescendo dans le rythme et le burlesque, plutôt que de faire ces allers-retours lourdingues entre les films et la « vraie » vie du prof de maths - et ses pitoyables tentatives de séduire sa jeune collègue (Anne Marivin, elle aussi cantonnée à un rôle de potiche).
Mais apparemment, Yann Moix a totalement délaissé le scénario pour se concentrer sur le challenge technique que constituait son long-métrage. De ce point de vue, il n’y a rien à dire, c’est techniquement parfait. Chaque séquence respecte scrupuleusement l’esthétique des œuvres auxquelles elle rend hommage, ainsi que les mouvements de caméra, les cadrages, etc… Pour tourner ces scènes, le cinéaste et son équipe d’opérateurs ont utilisé des pellicules d’époque et le matériel adéquat pour les prises de vue et les éclairages. D’où un rendu visuel saisissant, qui montre bien l’évolution des technologies depuis l’invention du cinématographe.
On en dira pas autant sur la qualité sonore du film. Les musiques et chansons choisies (certains tubes des années 1970/1980 qui ont mal vieillis) sont souvent assez surprenantes et ne collent pas du tout aux images. Mais c’est surtout la postsynchronisation du film qui est calamiteuse. Les voix des acteurs semblent en décalage constant avec les mouvements de leurs lèvres, comme dans un soap-opéra de seconde zone. Pour Lucy Gordon, passe encore, l’actrice britannique ayant été doublée, mais pour Pierre Richard, Dubosc ou Pef Martin-Laval, c’est plus gênant… On n’a pas entendu un truc pareil depuis le Blanche de Bernie Bonvoisin, dont les dialogues étaient le plus souvent inaudibles…
Plusieurs points hautement négatifs pour un seul petit point positif, voilà qui range le Cinéman de Yann Moix du côté des nanars plutôt que des grandes comédies françaises qu’il ambitionnait d’imiter. La déception est à la hauteur des attentes et des rumeurs trop flatteuses qui tournaient autour du film, longtemps avant sa sortie. On se dit qu’avec des vrais acteurs et un vrai scénario, ça aurait pu être un long-métrage tout à fait correct, voire, soyons fous, un grand film. Là, c’est tout le contraire. Cinéman ne rend pas hommage aux chefs d’œuvres qu’il cite, il les salit de son humour lourdingue et de la présence insupportable de Franck Dubosc. A fuir, donc… A la place, revoyez plutôt La rose pourpre du Caire ou Sherlock Junior, qui reposent sur le même principe…
Note : 
(1) : A l’origine, c’est bien Poelvoorde qui devait jouer le rôle, mais Yann Moix et lui se sont brouillés. Beaucoup de rumeurs ont couru à l’époque. Poelvoorde aurait quitté le tournage parce qu’il jugeait le scénario affligeant ; Moix aurait viré Poelvoorde parce que l’acteur, dépressif, était agressif et violent sur le plateau… En définitive, il semblerait que Moix en ait eu assez d’attendre que Poelvoorde soit disponible et ait décidé de faire le film sans lui. Ceci a fortement agacé l’acteur belge, qui est même sorti de ses gonds quand il a lu dans la presse à scandales les propos peu amènes de Moix à son égard. Ils se sont depuis réconciliés et préparent un nouveau film ensemble. (2) : L’actrice anglaise s’est suicidée le 20 mai dernier, à l’âge de 29 ans
Bureaux de la société de distribution « Le Pacte » (1), mardi 29 septembre 2009…
- Bon les gars, qu’est-ce qu’on a au programme pour les sorties de demain ? Attention, il nous faut un truc qui déménage, parce qu’en face, il y a des cadors, de l’artillerie lourde, du top moquette : un mioche en culotte courtes et sa bande de copains, une binoclarde australienne potelée et son Rain Man newyorkais de correspondant, un menteur pathologique et les yeux bleus de Zooey Deschanel, couleur piscine tellement on se noierait dedans… (2) - Ben, on a ce truc, là. Une histoire de euh… requin… - Bien ça, coco ! Les dents de la mer, c’est du tout bon. Ca fait toujours son petit effet… - Euh… Autant pour moi (3) ! C’est plutôt Raquin… Thérèse Raquin… - Tu veux dire la Thérèse Raquin d’Emile Zola, ce roman noir version XIXème siècle (4), chichiteux et littéraire en diable ? Attends, la dernière fois qu’on a adapté Zola au cinéma, on a noirci la tronche de Renaud et Depardieu et ils se sont fait bouffer par les dinosaures de Spielberg (5)… C’est bien ce que je disais : c’est Les dents de la mer qu’il nous faut, ou des dinosaures… - Ben en fait, il y a bien une histoire de dents dans le scénario. De canines plus précisément, puisqu’il s’agit d’un film de vampires… - Euh, tu ne confonds pas Bram Stoker (6) avec Zola des fois ? Parce que chez Zola, il y a des méchants, mais pas de vampires… - Non, pas d’erreur. C’est bien une histoire de vampires. Un film coréen signé Park Chan-Wook… - Quoi !?! Le gars qui a fait Old boy et Sympathy for Mister Vengeance ? J’ai du mal à le croire… Bon, on lance ça et on verra bien…
Sur le papier, Thirst, ceci est mon sang est un projet assez farfelu, mélange de références et de styles qu’on peine à imaginer associés les uns aux autres. A l’écran, c’est tout aussi bizarre et improbable.
Le film démarre comme une variation autour du vampirisme. Sang-hyun, prêtre coréen lassé de n’être que le témoin impuissant de la misère humaine, décide de faire enfin quelque chose d’utile pour le bien de l’humanité. Il se porte volontaire pour partir en Afrique tester un vaccin contre un virus mortel, Emmanuelle, croisement entre la grippe A et la fièvre hémorragique ebola (brrr…). Il est le seul à survivre à l’inoculation du virus, grâce à une transfusion effectuée avec un sang d’origine inconnue. A son retour en Corée, son organisme commence à se métamorphoser. Sang-hyun est en train de devenir un vampire, avec ce que cela suppose comme avantages et inconvénients. Il ne supporte plus la lumière du jour et devient en proie à une soif de sang et de désir sexuel intense. Situation assez problématique pour un homme d’église vertueux et ayant une conception très pure de la foi chrétienne.

Son dilemme moral va encore grandir quand il retrouve un ami d’enfance, Kang Woo et qu’il fait la connaissance de la femme de ce dernier, la belle Tae-Joo. Sang-hyun ressent instantanément une attirance animale pour la jeune femme qui, de son côté, fait tout pour le séduire, y voyant l’opportunité d’échapper à son quotidien d’épouse trop dévouée, presque esclave de la famille de son époux, et notamment de sa mère acariâtre. Dès lors, le script reprend la trame du roman de Zola. Tae-Joo devient la maîtresse de Sang-hyun et le manipule pour qu’il l’aide à se débarrasser de son mari. Leur crime commis, les amants vont être hantés par leur victime et s’entredéchirer… Evidemment, comme l’un des deux est un vampire qui essaie d’être le plus humain possible et l’autre une âme diabolique, le script ne manque pas de piment…
Ce tissu narratif permet à Park Chan-Wook de se livrer à une nouvelle réflexion sur la violence, la lutte entre le bien et le mal, et d’y projeter ses obsessions habituelles, le désir de vengeance, la foi et la rédemption, la part d’ombre de l’être humain. Dommage que tout arrive un peu en vrac dans un film un peu trop long, un peu outrancier parfois. Néanmoins, Thirst, ceci est mon sang recèle quelques séquences magistrales, subtils amalgames d’horreur, de drame et d’humour noir, portées par les audaces formelles du cinéaste – on pense notamment à cette séquence de transfusion entre les deux amants, une des scènes de vampirisme les plus sensuelles et les plus originales de ces dernières années (on n’est pas dans Twillight…).
Le film donne également l’occasion à Park Chan Wook et Song Kang-Ho de travailler une quatrième fois ensemble. L’excellent acteur coréen se montre comme toujours brillant dans ce rôle de prêtre vampire tourmenté. Face à lui, on retrouve Shin Ha-kyun dont c’est également la quatrième collaboration avec le cinéaste et la troublante Kim Ok-bin, femme fatale aux dents euh… longues, parfaite en Thérèse Raquin moderne.
Loin d’être le meilleur film de Park Chan-Wook, Thirst ceci est mon sang n’est néanmoins pas le plus mauvais non plus, et, malgré quelques baisses de régime dommageables, présente suffisamment de qualités pour qu’on s’y intéresse, à commencer par sa mise en scène enlevée et inventive. C’est sans doute cela qui a valu au film le prix du jury à Cannes, en 2009 (ex-aequo avec Fish Tank). Une récompense controversée en regard d’autres œuvres présentées, plus abouties, ou offrant un peu plus de… sang neuf…
Note :    
(1) : Que les membres de cette sympathique société de distribution me pardonnent le ton impertinent et ironique de l’introduction de ce billet. On leur doit quand même la sortie de quelques-uns des plus beaux films de l’année dont Le temps qu’il reste et Bronson… (2) : vous aurez bien sûr reconnu Le petit Nicolas, Mary & Max, The informant ! et (500) jours ensemble… (3) : Je sais bien que la forme préconisée par l’Académie française est « au temps pour moi » mais celle-ci est aussi dans le dictionnaire et je préfère l’écrire comme cela, na ! (4) : « Thérèse Raquin » d’Emile Zola – coll. Folio classiques – éd. Gallimard (5) : Germinal et Jurassic Park étaient sortis le même jour, avec une domination du second en terme de nombre de copies et de salles, donc de spectateurs, provoquant une polémique sur l’impérialisme culturel américain en Europe… (6) : auteur de « Dracula » - coll. Livre de Poche – éd. lgp

October 26 Vous avez remarqué que les que les publicités d’aujourd’hui font tout pour inciter le consommateur à acheter les produits alimentaires dont elles vantent les mérites, mais ajoutent en sous-titre une note du style « évitez de manger trop gras, trop salé, trop sucré » (1)? Bon OK, c’est aberrant et parfaitement hypocrite, mais ça a aussi du bon. Ca peut éventuellement conduire le gros tas du siège d’à-côté à avoir quelques scrupules au moment de se précipiter au stand friandise du multiplexe et d’aller acheter un gigantesque seau de popcorn dont il va allégrement se bâfrer pendant tout le film, m’imposant au passage la souffrance stéréophonique de son machouillage écoeurant et cholestérolement incorrect. Hum ! Passons… Je propose que l’on aille plus loin dans la prévention et qu’à la mention « consommez au moins cinq fruits et légumes par jour », on ajoute l’avertissement « mais évitez les champignons hallucinogènes ». Parce que franchement, je m’inquiète pour la santé mentale des personnes qui ont accouché de l’histoire de Tempête de boulettes géantes, la fable alimentaire qui sert de prétexte au nouveau film d’animation de Sony Pictures, en relief s’il-vous-plaît !
Jugez plutôt : Flint Lockwood jeune scientifique dont les créations – rats ailés, traducteur de pensée pour singes, chaussures en spray,… - se transforment invariablement en catastrophe pour sa ville de Swallow Falls, invente enfin quelque chose d’utile : une machine capable de transformer l’eau en nourriture. De quoi offrir à ses concitoyens une alimentation plus variée et plus appétissante que les boîtes de sardines dont, contrainte et forcée, cette petite île de pêcheurs s’est fait une spécialité. A la suite d’une fausse manœuvre, son prototype se retrouve propulsé dans la stratosphère, occasionnant… une pluie de hamburgers ! Flint réalise qu’il peut faire pleuvoir, sur commande, des repas complets, en fonction des désirs des habitants. Il devient une véritable idole locale et gagne même l’affection d’une jolie présentatrice météo envoyée sur l’île pour couvrir les événements. Mais il ne parvient toujours pas à obtenir l’approbation de son père, un pêcheur traditionnaliste et assez renfermé. A défaut du père, Flint se rapproche du maire (euh…), un homme ambitieux et trop gourmand, qui le pousse à réaliser des festins de plus en plus conséquents, au risque de détraquer l’invention. C’est évidemment ce qui finira par se produire, avec la chute d’aliments de plus en plus gigantesque, menaçant finalement le monde entier d’être anéanti par des tornades de spaghetti, des chutes de boulettes grosses comme des météorites ou des avalanches de crème glacée ! D’une montagne de restes à Lard-Maggedon, il n’y a qu’un pas et Flint et ses amis ont peu de temps avant d’empêcher la destruction de la planète…

Les auteurs du film, Chris Miller et Phil Lord, se sont inspirés d’un classique de la littérature enfantine, signé par Judi et Ron Barrett à la fin des années 1970 (2), mais s’en sont éloignés pour signer une parabole contemporaine salutaire sur les dangers de la surconsommation et la malbouffe. Bon, quitte à trahir l’œuvre originale, on aurait préféré, plutôt que le sempiternel cliché sur le droit à la différence et le classique mélodrame familial entre le père et le fils, une pointe de réflexion sur la faim dans le monde et la nécessité d’une intervention humanitaire dans certains pays souffrant globalement de famine - République Démocratique du Congo, Erythrée, Burundi, Niger, Sierra Leon,… - et honteusement ignorés par les pays les plus riches,... Mais bon, n’en demandons pas trop. Pour une production hollywoodienne, ce pamphlet contre la société de consommation est déjà surprenant.
Plus conventionnel, à priori, est cet hommage que les auteurs ont souhaité rendre aux films-catastrophe comme Twister, Armaggedon ou Le jour d’après. Mais le côté nonsensique du récit leur a permis de débrider totalement leur imagination et de montrer à l’écran les péripéties alimentaires les plus délirantes, comme ce fortune cookie chinois qui s’abat sur la muraille de Chine, annonçant aux touristes terrifiés qu’ils vont bientôt être écrasés par un épi de maïs géant, ou la disparition d’une école écrasée par un pancake monstrueux, ou encore la Tour Eiffel transformée en pique pour un club-sandwich démesuré…
Cette réjouissante avalanche de victuailles est sublimée par une 3D plus que correcte, qui plonge littéralement le spectateur dans l’action. Mais même sans cela, le film est une vraie réussite technique. Les personnages ne sont pas aussi expressifs que chez Pixar, mais ils sont néanmoins attachants. Les décors et les textures tiennent aussi la route face à une concurrence mieux armée technologiquement. Mais c’est sur les effets de lumière que Tempête de boulettes géantes sort du lot. Grâce à l’emploi du logiciel dernier cri « Arnold », on a rarement vu un rendu dynamique de la lumière aussi performant. Les reflets, sur l’eau notamment, sont d’un réalisme frappant et toute la séquence dans le palais en jelly anglaise est un véritable émerveillement visuel.
Et de toute façon, ce qui fait que ce film est aussi enthousiasmant, c’est le sentiment de liberté absolue qu’il dégage. Les auteurs s’autorisent toutes les folies, toutes les audaces visuelles, et les enchaînent avec une frénésie parfaitement grisante. Certes, le délire n’est pas comparable aux trips déjantés d’un Bill Plympton, mais, dans le domaine ultra-balisé du film pour enfants, il se place au niveau de ceux d’un Aladdin ou d’un Kuzco l’empereur mégalo.
Avec Tempête de boulettes géantes, Sony Pictures prouve qu’il n’a plus rien à envier aux deux géants de l’animation en image de synthèse que sont Pixar et Dreamworks. Ce pamphlet alimentaire complètement déjanté est dopé à l’énergie. Il contient une bonne dose de vitamine C comme Cinéma, des acides fort bien animés, des (sels min-) héros attachants, des glucides très lucides – des pizzas belliqueuses… - et du concentré de sardine. Vous allez vous régaler…
Note :     
(1) www.mangerbouger.fr (2) « Il pleut des hamburgers » de Judi et Ron Barrett – éd. L’école des loisirs

October 25 Au début tout va bien. Une introduction rondement menée – une fusillade provoquant le crash d’un avion militaire soviétique - puis un beau plan-séquence, un peu vain mais bien exécuté, débouchant sur un plan de la toute mimi Kate Beckinsale sous la douche – rhâaa lovely. On se dit que Whiteout, le thriller de Dominic Sena part sur de bonnes bases, d’autant que l’action se déroule dans un endroit assez inhabituel : une station scientifique internationale située en Antarctique, perdue dans une immensité glaciaire de quatorze millions de kilomètres carrés et plongée dans une nuit hivernale six mois par ans. Météo habituelle : tempête de neige, vents violents et température extérieure de -80°C. Bref, un lieu où on peut facilement se trouver en danger dès lors que l’on s’éloigne des bâtiments… D’ailleurs, on découvre le cadavre fraîchement congelé d’un géologue. Problème, ce décès n’a rien de franchement naturel et l’enquête menée par la belle Carrie Steko (Kate Beckinsale), responsable de la sécurité des lieux, laisse à penser qu’il s’agit du premier homicide de l’histoire de l’Antarctique. La découverte d’un second corps, abîmé à coup de piolet, confirme très vite ces conclusions. Et il est évident que les meurtres sont liés à la découverte récente, sous une couche de neige, d’un vieil avion soviétique – celui du début – et de sa cargaison… Mystère, climat glacial et huis-clos étouffant, tous les ingrédients sont là pour créer le suspense…
Malheureusement, nos attentes vont être vite déçues au fil d’un scénario ridicule, truffé d’aberrations et plombé par des personnages dénués d’épaisseur psychologique. Sans oublier ses fausses pistes éculées et son coupable prévisible. L’intrigue, pourtant tirée d’un comics book à succès (*) est un peu trop simple pour tenir la distance d’un long-métrage. Et sa résolution nous laisse perplexes. Vu les tenants et les aboutissants de l’intrigue, tous ces homicides étaient-ils vraiment nécessaires ? Bon, il est vrai que la BD semblait faire la part belle aux personnages, ce qui n’est plus le cas ici. Le personnage de Carrie Stetko est certes toujours perturbée par un passé douloureux, mais ce point est trop maladroitement martelé par le cinéaste à l’aide de flashbacks inopportuns. Par ailleurs, le second personnage principal du bouquin, l’agent britannique Lilly Sharpe est ici remplacée par un agent de l’ONU de sexe masculin, joué par le très inexpressif Gabriel Macht. Drôle d’idée qui affadit la portée féministe de l’œuvre originale et qui, si le but était d’induire une certaine tension sexuelle entre les deux personnages, n’est même pas correctement exploitée… Bref c’est assez indigent à tous les points de vue…
Si encore le suspense était au rendez-vous,on passerait éventuellement sur quelques défauts mais non, même pas ! Le cinéaste ne tire absolument pas parti de l’aspect claustrophobique des lieux, gâchant notamment les scènes finales où la base, totalement évacuée de sa population et au cœur d’une impressionnante tempête de neige et de glace, aurait dû devenir le lieu idéal pour un jeu de chat et de la souris entre le tueur et la femme-flic. Là, rien de rien. C’est mou… Les scènes d’extérieur ne sont guère mieux loties. Elles se résument à une série de courses poursuites dans la neige où, du fait des intempéries, on ne distingue absolument rien de ce qui se passe à l’écran. Et le montage – au piolet - n’arrange absolument rien. Résultat : on s’ennuie ferme…
En résumé, Whiteout est un thriller mollasson, incohérent et creux, très loin de ce qu’il aurait pu – et dû – proposer. Il faut dire que Dominic Sena, tâcheron hollywoodien connu pour un ou deux blockbusters sans âme (Opération espadon, 60 secondes chrono) n’a rien d’un génie de la mise en scène, au contraire. Restent Kate Beckinsale et Tom Skerritt qui assurent le métier du mieux qu’ils le peuvent, et une ou deux séquences qui ont miraculeusement échappées aux ciseaux de la censure, mais c’est bien insuffisant pour sauver un film qui nous laisse… de glace.
Note : 
(*) : « Whiteout » de Greg Rucka & Steve Lieber – coll. Regard noir et blanc – éd. Akileos

Tout juste trois semaines après la sortie en salles de l’adaptation du Petit Nicolas, c’est au tour d’un autre héros né de la plume fertile de René Goscinny de prendre chair et de s’attaquer aux sommets du box-office : Lucky Luke (1). Le cowboy le plus rapide de l’ouest n’en est pas à ses débuts sur grand écran. Il a déjà été la vedette de plusieurs dessins animés et même d’un film avec des « vrais » acteurs, signé par Terence Hill en 1991 (2). Ce n’était cependant pas très fidèle aux BD originales, juste un prétexte à une resucée de la série des Trinita, dont l’acteur italien était le héros. Fan de la série de Morris et Goscinny, James Huth a donc décidé de réaliser sa propre version « live » des aventures de Lucky Luke, en s’engageant à respecter l’univers des deux auteurs, soit un mélange de faits réels et d’histoires fantaisistes abordées avec humour et distanciation parodique.
On est donc plutôt surpris par le début du film, où le cinéaste nous raconte la genèse de Lucky Luke. D’entrée de jeu, il prend le risque de heurter les fans purs et durs du personnage, car, à ma connaissance, les éléments ne sont dans aucun des albums de la série.... C’est parce qu’il a vu ses parents – un fermier et son épouse indienne – se faire tuer devant ses yeux que le petit John Luke a décidé de se ranger, une fois adulte, du côté de la justice et de l’ordre. Et surtout de ne jamais tuer. Le fait qu’il ait échappé au terrible gang des tricheurs lui a valu son surnom de « Lucky » (« chanceux »). Evidemment, ce destin tragique similaire à celui de Bruce Wayne/Batman lance le film sur un ton assez sombre, plus proche des westerns baroques de Sergio Leone et de Sam Peckinpah que du flegme humoristique de la BD originale.
Le premier tiers du film continue d’ailleurs un peu dans cette veine, le scénario revisitant les thèmes classiques du western. En gros, Luke est chargé par le président des Etats-Unis de rétablir l’ordre à Daisy Town, point de jonction prévu de la ligne de chemin de fer New York – Los Angeles, avant l’inauguration de la ligne. Avec son fameux six-coups, il va nettoyer la ville des bandits qui y ont élu domicile, mais les choses vont se compliquer avec l’intervention de Pat Poker, un notable influent qui entend bien conserver son pouvoir sur la bourgade. Ceci permet à James Huth de s’appuyer sur les références du genre, piquant ça et là des figures de style aux plus grands metteurs en scène, de Ford à Eastwood. Pour le reste, il s’applique à restituer l’ambiance visuelle des œuvres de Morris et Goscinny. La ville est typique des albums de Lucky Luke, avec son panneau d’entrée dans la ville, ses habitants barricadés chez eux, son croque-mort prenant les mensurations des nouveaux arrivants, son saloon bruyant et surpeuplé de bandits hargneux… Le même soin a été apporté aux costumes et aux allures des personnages, assez ressemblants à ceux des BDs. On appréciera notamment, la nonchalance de Jean Dujardin dans le rôle-titre ou la prestation de Daniel Prévost, hargneux et machiavélique à souhait en Pat Poker. En fait, la seule chose qui semble manquer à cette première partie est l’humour de l’œuvre originale. On est plus dans l’hommage respectueux que dans la parodie débridée.
Conscient de ce déséquilibre, Huth essaie de changer la donne dans la seconde partie du film, et là, ça tourne au désastre. Le scénario, déjà, effectue un virage vers le grand n’importe quoi. L’homme qui tire plus vite que son ombre décide de raccrocher les armes pour vivre le grand amour avec une danseuse de saloon prénommée Belle (Alexandra Lamy, assez fade). De façon absurde, il devient une chiffe molle pathétique et vaguement abrutie. Ce qui attire ses ennemis à débarquer pour se venger. On voit notamment débarquer Billy the kid et Jesse James, deux personnages outranciers qui donnent à leurs interprètes, respectivement Michaël Youn et Melvil Poupaud, de se livrer au concours du cabotinage le plus éhonté et de la blague la plus éculée. Du coup, pour ne pas être en reste, Dujardin se met aussi à faire du Dujardin. Oublié, Lucky Luke ! Place à une sorte d’OSS 117 au far-west ou un Brice de Las Vegas. Vannes foireuses, sourires idiots, répliques débiles… Toute la panoplie du nouveau cinéma comique français affligeant… Seule Sylvie Testud relève un peu le niveau, incarnant une Calamity Jane à la fois très virile et attachante. La vraie calamité, c’est le jeu des trois nigauds précités… On aurait pu leur adjoindre un quatrième larron, Bruno Salomone, qui prête sa voix à Jolly Jumper, le cheval de Luke, mais son rôle est tellement peu développé qu’on ne peut guère le blâmer de sa prestation… Même dans la version de Terence Hill, Jolly Jumper était mieux exploité. C’est dire !
La dernière partie redresse un peu la pente, mais c’est trop tard. Le scénario est déjà trop mal engagé et ses rebondissements auront déjà été anticipés par les spectateurs les plus sagaces (ou les plus agacés…). Le cinéaste meuble alors le film avec des fusillades mal orchestrées et de nouvelles références cinématographiques à outrance, élargissant le champ à d’autres maîtres comme Hitchcock et Welles. Comme si invoquer les dieux du cinéma allait pouvoir faire tomber une pluie d’indulgence noyant la nullité du second tiers de l’œuvre… James Huth a raté son pari. Il n’est pas arrivé à amalgamer les composantes de son film pour en tirer quelque chose de cohérent, à la fois amusant et révérencieux. Pas assez fidèle aux BD pour les fans de Lucky Luke, pas assez rythmé pour les amateurs de comédie, pas assez drôle pour le jeune public, trop lourdingue d’une manière générale et porté par un casting hétérogène, le film risque de décevoir tout le monde.
Dommage, car le Lucky Luke de James Huth est quand même moins nul que ce que l’on aurait pu craindre. Alors que l’on s’attendait à devoir supporter mauvais goût et humour débile tout au long du récit, on est surpris des ambitions artistiques manifestées par le cinéaste et de sa maîtrise des codes du genre. Même si le résultat nous laisse évidemment sur notre faim, même si le film finit par être plombé par ses blagues potaches pas drôles, Lucky Luke est quand même bien supérieur à des navets comme Astérix aux Jeux Olympiques ou Les Dalton (bon d’accord, ce n’est pas bien difficile non plus…). Disons que le film se laisse voir sans trop de déplaisir et que ce n’est déjà pas si mal. Quant à l’utilité de cette adaptation, hormis toute considération sonnante et trébuchante, c’est une autre histoire…
Note :   
(1) : « Lucky Luke » est une série de BD dessinées par Morris scénarisées majoritairement par Goscinny. 70 albums (31 chez Dupuis, 39 chez Dargaud). La série a été récemment reprise par Achdé et Laurent Gerra (3 albums chez Lucky Comics / Dargaud) (2) : Il faut ajouter l’apparition du personnage dans le calamiteux Les Dalton de Philippe Haïm, dans un rôle secondaire et, de manière détournée, sous un autre nom, dans Le juge de Jean Girault, en 1971.
Tout commence comme dans un vieux film des années 1970. Une musique signée Marvin Hamlisch (1). Un générique où des titres écrits avec une police très « pop art », défilent sur des images ayant la texture granuleuse-terne des pellicules de l’époque et montrant de vieux magnétophones indiscrets en train d’enregistrer des conversations tournant autour d’intérêts industriels. On nous présente Mark Whitacre, incarné par un Matt Damon moustachu. Le bonhomme est cadre dirigeant de la puissante entreprise agroalimentaire ADM. Il se débat avec un problème de contamination virale qui fait baisser le rendement des fermenteurs de l’entreprise, qui permettent d’extraire, par biotechnologie, les acides aminés issus du maïs. Un mystérieux correspondant japonais l’informe qu’une « taupe » se dissimule parmi le personnel de l’entreprise et a sciemment introduit le virus dans les cuves de fabrication. Il est prêt à lui révéler le nom du saboteur contre une forte somme. Whitacre essaie de persuader ses dirigeants d’accepter l’offre mais ceux-ci refusent de céder à ce chantage et décident de faire appel au FBI. Quand les fédéraux débarquent chez Whitacre pour installer des mouchards sur son téléphone, le jeune homme en profite pour aiguiller les agents sur une autre affaire, autrement plus explosive. Il avoue que l’entreprise et ses principaux concurrents mondiaux négocient, en toute illégalité, les tarifs de leurs produits, afin que chacun tire profit d’un marché dont ils ont le monopole. Les fédéraux sont estomaqués. Ils décident d’utiliser Whitacre comme informateur pour réunir les preuves nécessaires à faire tomber ce géant de l’industrie agroalimentaire.
Là, on s’attend à ce que The informant ! soit un film d’espionnage jouant à fond la carte de la paranoïa, avec espions, taupes et agents doubles, coups de théâtre et manipulations. Un peu comme dans ces grands films tournés dans les années 1970, qui profitaient du climat de suspicion générale occasionné par la guerre froide ou le scandale du Watergate - Conversation secrète de Coppola, Les trois jours du Condor de Pollack,… - ou qui s’ingéniaient à mettre le spectateur sur de fausses pistes – L’arnaque de George Roy Hill. Ou alors à un film politique dans la veine d’Erin Brokovich, seule contre tous, où Soderbergh partait en guerre contre les grands groupes agrochimiques, ou bien, pour repartir dans les années 1970, aux films d’Alan J.Pakula. C’est le cas pendant plus de la moitié du film, où chaque avancée de l’enquête rend la situation encore plus complexe, plus risquée pour le personnage principal et laisse entrevoir des pratiques peu recommandables de la part du géant industriel.
Et puis, imperceptiblement, l’image se fait plus contemporaine. On voit des téléphones mobiles, des structures plus modernes. On apprend, un peu stupéfaits, que le film se déroule en fait dans les années 1990. Et on se demande alors quelle mouche a bien pu piquer le cinéaste pour nous embarquer ainsi dans cette esthétique très 70’s, hormis l’occasion d’un exercice de style brillant mais tape-à-l’œil et d’un hommage à certaines de ses œuvres de chevet. Puis le scénario prend un tour inattendu et on comprend que tout ceci n’était qu’une mystification, une fausse piste destinée à nous détourner de l’essentiel. Nous avons été bernés par le cinéaste comme les agents du FBI se sont laissé entraîner par le mélange de vérités et de mensonges de Whitacre.
Car The informant ! est avant tout l’histoire incroyable mais vraie (2), d’un escroc de génie doublé d’un menteur pathologique, qui a surfé sur les magouilles de son entreprise pour s’enrichir personnellement. Un type à la personnalité déroutante, extrêmement complexe, qui faisait partie intégrante d’un système corrompu jusqu’à la moelle et en a largement profité, mais qui a aussi tout fait pour le faire exploser de l’intérieur. Un homme calculateur et malin capable de trahir sans scrupule ses anciens mentors, mais assez naïf pour penser que ceux-ci lui offriraient, après tout ce raffut, le poste de président de la compagnie. Assez intelligent pour s’appuyer sur les agents du FBI, mais assez idiot pour continuer ses petites magouilles alors qu’il collaborait avec eux. Bref, une énigme vivante.
Matt Damon, avec sa bouille ronde engageante et son allure d’éternel gamin innocent, était l’acteur idéal pour camper ce personnage apparemment très sérieux et équilibré, mais en réalité beaucoup plus tordu qu’il n’y paraît, à la limite de la maladie mentale. Face à lui, outre Scott Bakula en agent du FBI dépassé par les événements, on trouve beaucoup d’acteurs spécialisés dans les rôles comiques comme Thomas F. Wilson, Rick Overton, Tony Hale, Patton Oswalt ou Paul F. Tompkins. La raison de ce drôle de casting? Steven Soderbergh a jugé l’histoire de Whitacre tellement improbable qu’elle en devenait malgré elle un sujet de comédie. De fait, le film est porté par une légèreté qui tranche avec son climat de paranoïa. Mais, toujours pour illustrer le thème des faux semblants, il a demandé à ses acteurs comiques de jouer le plus sérieusement possible, sans effets humoristiques.
Il en découle un ton assez particulier, qui risque fort de dérouter plus d’un spectateur – mais peut-être est-ce volontaire ? D’autant que le film n’est pas exempt de défauts. On déplore ça et là certaines longueurs qui cassent le rythme bien huilé du film et atténuent la portée de certains rebondissements de l’intrigue. Pas étonnant de la part d’un cinéaste qui se préoccupe assez peu de la durée et du rythme de ses œuvres (rappelez-vous de son diptyque sur le Che et les interminables marches dans la jungle…). Rien de bien grave, mais le film tarde à démarrer vraiment et, une fois que l’on a compris où Soderbergh voulait nous emmener, on a toujours un coup d’avance sur l’intrigue. Du coup, si le cinéaste semble beaucoup s’amuser de son dispositif manipulateur, il est vrai assez malin, le spectateur, lui, s’ennuie un peu. Dommage.
On touche là aux limites du cinéma de Steven Soderbergh, réalisateur de talent, mais qui a tendance à se laisser griser par sa propre mise en scène. Quand il met de côté le côté « exercice de style » de son œuvre, cela donne généralement des films intéressants. Dans le cas contraire, des œuvres prétentieuses, vaines et ennuyeuses. The informant ! appartient heureusement plutôt à la première catégorie. Certes, on est loin de la verve caustique d’un Erin Brokovich, par exemple, mais il faudra s’en contenter…
Note :    
(1) Compositeur notamment de L’arnaque ou de Nos plus belles années (2) Racontée dans « The informant » de Kurt Eichenwald – éd. Random House (en anglais, pas de traduction française pour le moment)
October 21 En complément de ma critique sur l’excellent film d’Adam Elliot, Mary & Max, je vous invite à (re)découvrir Harvie Krumpet, le film précédent du cinéaste australien. Un moyen-métrage primé aux oscars en 2004 développant les mêmes thématiques – les petits accidents de la vie, heureux ou moins heureux, et l’intolérance dont sont victimes ceux qui sont nés “différents”. Bien que moins abouti formellement que Mary & Max, il s’agit néanmoins d’un petit bijou d’animation que vous pouvez visionner en cliquant sur le lien suivant : Harvie Krumpet (VO STF) -Daily motion

October 20 En 2004, un film du nom de Harvie Krumpet remportait l’oscar du court-métrage d’animation et mettait en lumière le talent d’un cinéaste australien surdoué, Adam Elliot. Cette œuvre curieuse racontait la vie d’un homme « différent », un migrant polonais atteint du syndrome de la Tourette, légèrement attardé et particulièrement malchanceux. Un destin sordide fait de brimades, d’exclusion, de drames tragiques, de maladie, de folie et de mort, mais raconté avec beaucoup d’humour et de sensibilité, et véhiculant au passage un bel appel à la tolérance et au respect de l’être humain.
Le premier long-métrage du cinéaste, Mary & Max,,est de la même veine, en plus abouti encore. Il relate la magnifique relation d’amitié épistolaire qui unit, deux êtres très différents, sur deux continents différents, mais ayant en commun le même de mal de vivre, le même sentiment de solitude. Il y a déjà la petite Mary Daisy Dinkle, une gamine australienne de huit ans. Elle est mal dans sa peau, complexée par l’hideuse tache de vin de couleur brune qui orne son front, une silhouette un peu boulotte et d’épaisses lunettes. Elle n’a aucun ami, les autres gosses de son quartier l’ayant choisie comme souffre-douleur et lui infligeant brimades et humiliations. Pour couronner le tout, son environnement familial n’est pas des plus stables. Son père passe son temps enfermé dans son atelier pour s’adonner à son hobby favori, la taxidermie, et ne s’occupe donc pas du tout d’elle. Sa mère, dépressive est, elle, un peu trop portée sur le sherry. Pour tromper l’ennui, la jeune fille décide d’écrire à un inconnu.
Son courrier est reçu par Max Horowitz, un juif newyorkais de quarante-quatre ans. Il est obèse et souffre du syndrome d’Asperger, une forme particulière d’autisme qui le handicape dans sa vie sociale. Comme Mary, Max n’a pas vraiment d’amis. Juste une vieille voisine complètement miro, un chat en piteux état et un poisson rouge. Alors il n’a rien à perdre à répondre à la petite australienne qui, comme lui, aime le dessin animé « Les Noblets » et le chocolat et qui semble aussi perdue que lui face au monde qui l’entoure. Il entame ainsi une correspondance qui durera plus de vingt ans.
Les lettres qu’ils s’échangent par-delà l’Océan Pacifique sont chargées de naïveté, de tendresse, de propos futiles et de considérations curieuses, mais aussi de confidences touchantes et de réflexions profondes sur leurs vies respectives, sur les mutations profondes qui s’opèrent autour d’eux. Mary et Max ne se connaissent qu’à travers leurs courriers, mais malgré l’éloignement géographique, malgré les différences d’âge et de préoccupations, ils se sentent plus proches l’un de l’autre qu’ils ne l’ont jamais été d’autres personnes. Ils se font confiance, ouvrent leur cœur et oublient, le temps d’une missive écrite ou lue, leur profonde solitude et leur morne quotidien.
Evidemment, sur une aussi longue période, leur relation amicale sera parfois mise à rude épreuve. Certaines questions que Mary pose à Max sur l’amour et la sexualité provoqueront chez lui un certain embarras et pire, de violentes crises d’angoisse qui le mèneront aux portes de la folie. Et plus tard, quand la jeune australienne, devenue une spécialiste du syndrome d’Asperger, le prendra pour sujet d’étude, il se sentira trahi. De son côté, Mary sera profondément peinée des périodes où Max cessera sans explication concrète leur correspondance… Mais à chaque fois, l’affection qu’ils se portent l’un à l’autre sera la plus forte… De quoi mieux supporter les épreuves qui se dressent sur leur chemin. Et elles sont nombreuses…
Ce qui nous est montré au long de ces quatre-vingt dix minutes, c’est la vie et son cortège de grands bonheurs et de joies dérisoires, de rêves et de petits moments de gloire, mais aussi et surtout les moments douloureux, les désillusions, les trahisons, le décès de personnes proches, la maladie, le poids des années, la difficulté de trouver sa place dans la société… Chaque spectateur ne pourra que se sentir proche de ces personnages,s’identifiant partiellement à eux et se reconnaissant dans tout ce qu’ils doivent affronter. Le tour de force d’Adam Elliot, comme dans Harvie Krumpet, c’est d’arriver à condenser l’existence de deux individus en un temps aussi bref, sans rien omettre de l’essentiel, et d’aborder nombre de sujets graves, existentiels, avec une légèreté qui laisse pantois. Car à lire le résumé de l’œuvre, on pourrait penser qu’il s’agit d’un film sordide et déprimant. Et pourtant, il n’en est rien.

Bien sûr, l’œuvre dégage une certaine mélancolie, émeut et révolte même parfois. Et l’ambiance visuelle du film n’est guère joviale puisque le cinéaste a opté pour une quasi-absence de couleurs dans son film. Le New York de Max est tout en nuances de gris, noir et blanc. L’univers de Mary est à peine plus gai, rendu dans des tonalités sépia/ocre qui rappellent la couleur de sa tache de vin. La seule couleur autorisée à sortir de cette unité chromatique étant le rouge, couleur de l’amour, de la passion et/ou de la mort. Mais Mary & Max, grâce à sa mise en scène inventive, précise et sensible, dégage une grâce infinie, une poésie aérienne, et véhicule une énergie communicative. On sent que le cinéaste s’est beaucoup investi dans son projet, qu’un lien intime, viscéral le rattache à ses personnages. Et pour cause : le film s’inspire grandement de la relation épistolaire qu’Adam Elliot a entretenue pendant plusieurs années avec un « aspie » newyorkais.
Chaque plan est donc ciselé avec une finesse rare, est saturé de tendresse, mais aussi d’un humour qui fait voler en éclat les préjugés, qui permet d’accepter les événements les plus graves. On suit avec plaisir et admiration les aventures de ces deux personnages en pâte à modeler presque plus expressifs que de vrais acteurs. Car techniquement, le film est aussi à la hauteur de ses ambitions. Pour parvenir à une telle précision dans les détails, nul doute qu’Elliot et son équipe ont abattu un travail considérable au cours des quatorze mois de tournage et des cinq ans de préparation qui les ont précédés…
Outre la finesse de son animation et la beauté de son design visuel, le film peut aussi s’appuyer sur un environnement sonore réussi. Son casting vocal, déjà, qui réunit Toni Collette (Mary), Philip Seymour Hoffman (Max) et Barry Humphries (le narrateur). Sa bande-originale, ensuite, qui mixe des airs connus revisités (dont une version angoissante de « Que sera sera (whatever will be)» par Pink Martini), des morceaux classiques et des compositions originales de Dale Cornelius.
Et si cela ne suffisait pas à faire votre bonheur, cette fable sur la différence et les rapports humains vous propose aussi un petit jeu de références cinéphiliques. A vous de repérer les différents clins d’œil adressés à des films et des artistes majeurs – ou non – de l’histoire du cinéma. Par exemple, la silhouette d’une femme élégante traînant dans les rues de New York au petit matin fait immanquablement penser à Audrey Hepburn dans Diamants sur canapé ; une des scènes où Max tape sur sa vieille Underwood reprend la musique du sketch de la machine à écrire de Jerry Lewis ; dans une autre, il arbore un T-shirt « Save Ferris », hommage à Ferris Bueller, le personnage créé par le regretté John Hughes ; un hommage à Zorba le grec et bien d’autres citations encore…
Intelligent, subtil, beau, drôle, poétique, tendre, bouleversant, entraînant, rafraîchissant,… Les qualificatifs ne manquent pas pour décrire ce film admirable, mais ne peuvent en restituer la force. Alors dépêchez-vous d’aller rencontrer Mary & Max dans les salles obscures. Il s’agit, vous l’aurez compris, d’un chef d’œuvre…
Note :      

October 18 The descent était un film d’horreur terrifiant, très noir. Une expérience traumatisante pour les spectateurs invités à partager de façon viscérale le cauchemar d’un groupe de spéléologistes coincées dans un réseau de grottes des Appalaches peuplé de créatures monstrueuses et avides de chair humaine, les crawlers. Claustrophobes et cardiaques s’abstenir ! The descent : part 2, en revanche, n’est rien d’autre qu’une honteuse exploitation commerciale, un nanar qui recycle toutes les situations du premier opus, mais en gâche toutes les bonnes idées avec un scénario d’une stupidité aussi abyssale que les cavernes qui lui servent de décor…
Première erreur : avoir opté pour une suite directe. Le choix risque de dérouter les spectateurs européens qui, à l’issue du précédent volet, ne se faisaient guère d’illusions quant au sort des cinq protagonistes. La seule encore en vie à la fin du premier film était Sarah (Shauna Macdonald). On la voyait sortir de la caverne et récupérer sa voiture mais le plan final laissait supposer qu’elle n’avait fait que rêver cette fuite… En fait, ce second chapitre démarre là où se terminait la fin américaine de The descent, plus optimiste, où Sarah réussissait bel et bien à échapper aux griffes des crawlers. Bon admettons… Mais là, ça se corse. Comment faire redescendre Sarah dans les grottes alors qu’elle a effectué un périple physiquement et psychologiquement insoutenable pour en sortir ? Ben c’est simple, coco, on n’a qu’à dire qu’elle est devenue amnésique… Ah !?! Evidemment, vu comme ça, c’est tout de suite plus vraisemblable. Donc Sarah est recueillie par un vieil homme qui passait par là et emmenée à l’hôpital, où elle est soignée. Pendant ce temps, une équipe de secours recherche d’autres survivantes. Le shérif local ordonne que la jeune femme, malgré son état de grande faiblesse accompagne le petit groupe d’intervention dans l’ancienne mine, où les chiens semblent avoir flairé une piste. Waouh, de plus en plus crédible, cette affaire… Sarah, le shérif, son adjointe et les trois secouristes redescendent donc au cœur de l’enfer, où les attendent bien sagement les créatures sanguinaires prêtes à les dévorer…
Et c’est parti pour 1h30 de massacre, où les protagonistes cherchent absolument à se faire attraper par les crawlers en criant pour un rien, en provoquant des éboulements ou en commettant bourde sur bourde. Les comportements sont absurdes (celui du shérif est particulièrement gratiné), les dialogues ridicules (Ah, le « ne bouge surtout pas ! » adressé à la jeune femme coincée par un éboulement ! Grandiose !), les personnages manquent cruellement de psychologie (on est loin, très loin du premier volet, dont le mérite était justement de prendre le temps de s’attacher à chacune des filles du groupe). Même le personnage de Sarah, si touchant dans The descent, vire au grand n’importe quoi, transformée contre toute logique en un ersatz de Ripley, l’héroïne d’Aliens, maîtrisant les us et coutumes des crawlers et bien décidée à les exterminer… Et puisqu’on est dans le foutoir absolu, les scénaristes (oui, au pluriel, ils se sont mis à trois pour écrire ce script indigent) se paie même le luxe de faire ressusciter un des protagonistes du premier opus, elle aussi miraculeusement transformée en amazone impitoyable. Pathétique ! Le summum vient de la toute fin du film, une aberration totale au regard de tout ce qui a été montré depuis le début, un foutage de gueule intégral qui annonce qui plus est un troisième épisode, probablement encore plus débile que celui-ci. Si le but était de concurrencer le calamiteux Humains sur le terrain de l’absurdité scénaristique, c’est réussi…
Le tout est d’autant plus risible que le film, à l’instar du premier, ne s’inscrit pas du tout dans une veine parodique ou légèrement humoristique. Non, on est ici au premier degré, pour, à priori, ficher une peur bleue au spectateur. Mais même cet aspect du film est raté. Il fallait s’y attendre, vu que cette séquelle n’est interdite qu’aux moins de douze ans, contre seize ans pour le premier chapitre. Ici, l’effet de surprise ne joue plus, car on connaît les créatures et leurs points faibles. Pire, ces dernières attendent désormais que leurs proies les remarquent pour les attaquer, désamorçant tout effet choc potentiel. On ressent un peu la tension, bien sûr, mais pas de quoi sursauter de terreur non plus… Restent des effets gore, assez réussis, mais là encore, relativement soft. Symbole de cette édulcoration de la violence et de la baisse de niveau de la franchise : dans le premier film, les protagonistes tombaient dans une mare boueuse et ensanglantée ; ici, elles pataugent dans une mare pleine… de merde.
Il faudra peut-être dire aux auteurs que cet épisode scatologique n’était pas franchement nécessaire. Les spectateurs étant depuis longtemps écœurés par le niveau affligeant d’une suite qu’ils attendaient au moins au niveau du film original, très réussi lui. Inutile de s’éterniser sur ce ratage artistique complet. Amateurs du genre, vous aurez compris que The descent : part 2 est à éviter comme la peste…
Note : 
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